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Une Éducation Manquée Libretto

Une Éducation manquée
Opérette in 1 act and 9 scenes
Libretto: E. Leterrier et A. Van Loo
Musica di Emmanuel Chabrier

Personaggi:
Gontran de Boismasstif, soprano
Hélène de la Cerisaie, soprano
Maître Pausanias, Bass


 
SCÈNE I

(Au lever du rideau, on entend la pluie tomber au dehors.  Roulement de voiture, puis Gontran paraî avec Hélène Costumes de mariér Louis XVI).

 
GONTRAN
Enfin! nous sommes arnvés... Entre, ma petite Hélène...


HÉLÈNE
Quel hornble temps!... Rien que pour descendre de carrosse,
me voilà toute trempée...


GONTRAN
Heureusement que maintenant tu n'as plus rien à craindre...
Te voilà chez moi... chez nous, veuxje dire.
(lui prenant les mains)
Ma petite femme !...
Ah ! que voilà un mot qui est doux à prononcer!


HÉLÈNE
Je crois bien! Surtout quand ctest la première fois!...
Il me semble qu'on nous laisse bien longtemps seuls.


GONTRAN
C'est vrai!... Et moi qui ne m'en apercevais pas...


HÉLÈNE
Ma tante m'avait pourtant dit qu'elle m'accompagnerait jusqu'ici...
Il paraît qu'elle a des masses de recommandations à me faire...


GONTRAN
C'est comme grand-père. II m'avait blen promis d'être là...
HÉLÈNE
(inquiète)
Est-ce qu'ils ne viendraient pas ?...


GONTRAN
(vivemant)
Hein ?... Ah ! mais non par exemple !...
c'est que ,ca ne serait pas drôle du tout...


HÉLÈNE
Pourquoi ?


GONTRAN
Mais parce que...
(à part)
Non ! je ne puis pas lui dire que...
(haut)
Pour rien... Parce que c'est l'habitude...
On accompagne tonjours les nouveaux mariés...
(à part)
Heureusement!…
(prêtant l'oreille)
Ah! j'entends du bruit... On vient...
(bruit d'une chute)


HÉLÈNE
Mon Dieu !... C'est quelqu'un qui tombe dans l'escalier!


GONTRAN
(qui a ouvert la porte)
Ce n'est rien... Je reconnais cette manière de marcher:
c'est mon précepteur maître Pausanias.


 


SCÈNE 2

 
 
PAUSANIAS
(entrant, il est légèment gris)
Moi-même, Monsieur le Comte...
Dans l'obscurité, j'ai monté deux marches sans mten apercevoir...
Ça m'en a fait redescendre six, et alors...
(se frottant)


GONTRAN
Mais, Dieu me pardonne ! vous êtes gris, maître Pausanias!


PAUSANIAS
(se révoltant)
Gris!


HÉLÈNE
Oh! oui!... ca se voit...


PAUSANIAS
Par exemple! Moi ! un sage ! Sapiens! non...
je suds gai-ebrius-Voilà tout... que voulezvous ?...
Un jour de noces... pour un homme qui a passé
toute sa vie dans l'étude-virstudiosus...-Dame...
Sans compter qu'on a fait circuler-infer pocula-un petit vin
de Roussillon qui m'a un peu troublé.
 
Chanson


PAUSANIAS
Ce nn généreux J'en ai pas d'abord un verre
Après ca j'en ai pris deux
Mais quand je bois, mod, ca m'altère,
Et voilà, je crois, pourquoi
Voilà pourquoi j'ai poussé jusqu'à trots!
Et oui, voilà, je crois, pourquoi
J'ai poussé jusqu'à trots.
Eh! Bon, bon, bon, bon, bon, qu'il était bon
Mon petit Roussillon!
Qu'il était bon, eh, bon, bon, bon,
Qu'il était bon,
Ce petit gueux de Roussillon!
Mais rester à trots, ce n'est vraiment pas un
Il eût été discourtois [compte
À de si bons vins faire honte!
Voilà ce qui fait
Qu'au donzième j'étais complet,
Et voilà ce qui fait
Qu'au douzième i'étais comDIet
Eh! Bon, bon, bon, bon, bon, qutil était bon
Le petit Roussillon!
Qu'il était bon! Eh, bon, bon, bon,
Ce petit gueux de Roussillon!


PAUSANIAS
Mais il n'y paraît pasje suds femme comme un roc…
(chancelant)
Impavidum ferient ruinæ!


GONTRAN
Impavidum! Impavidum !… Enfin !
mais que voulez-vous, Monsieur le pédagogue ?


PAUSANIAS
Voilà...je suis chargé de vous dire que la tante
de Madame la Comtesse l'attend là, dans la chambre…


GONTRAN
(rirement)
Ah! va vise, ma petite Hélène, va Et à tout à l'heure.


PAUSANIAS
(s'inclinant)
Madame la Comtesse!…


HÉLÈNE
(en s'en allant)
Madame la Comtesse ga sonne bien tout de même !
 
(elle sort)


GONTRAN
(revenant à Pausanias, avec un peu d'inquiétude)
Ah ! ça! et grand-père ?


PAUSANIAS
Monsieur votre grand père est souffrant…agrotat…
Il ne peut pas vemr et s'est retiré chez lui…


GONTRAN
Comment! n ne peut pas venir!…mais moi
je ne peux pas me passer de lui.


PAUSANIAS
Il ne peut pas venir mais il m'a remis
une lettre pour vous… Grandis epistola…


GONTRAN
(rassuré)
Ah ! à la bonne heure!


PAUSANIAS
Oui… Il m'a dit: "Tu lui remettras ceci
(avec une petite tape amicale)
Ce vent mes recom mandations…"


GONTRAN
C'est bien! donnez! Et allez-vous en vous
devez avoir besoin de dommir.


PAUSANIAS
Je m'en vats, Monsieur le Comte,
(s'arretant)
mais avant de vous quitter,
permettez à votre vieux professeur
de vous adresser quelques mots encore…
(se campant et avec une émotion qui va crescendo)
Cher élève, elle va sonner l'heure de la séparation…
nous ne déclinerons plus ensemble Rose la Rose, Rose de la Rose.
Rose à la Rose; nous ne conjugerons plus…


GONTRAN
(s'interrompant)
Assez… assez! …certainement, Pausanias,
je suis touché mais l'heure qui s'avance…


PAUSANIAS
Oui oui je comprends d'autres devolrs vous réclament…
(il sort en fredonnant)
Et bon! bon! bon!
Le petit Roussillon!
Qu'il était bon ! qu'il était bon !
 
(on entend au dehors le bruit d'une nouvelle chute)


 

 
SCÈNE 3

 
GONTRAN
(seul, regardant la lettre)
Enfin, il est parti ! Ce n'est pas malheureux !
Lisons vite la lettre de grand-père Sans ses recommendations,
je serais bien, oh! mais là, bien embarrassé…
 
Lettre


GONTRAN
Mon enfant, ton vieux grand-père
En ce moment solennel
Aurait dû venir te faire
Son discours officiel.
Hélas, si je reste en route
Il ne faut pas mten vouloir,
Un main accès de goutte
Me retient cloué ce soir.
Ce que je ne puis te dire
Il faut bien, mon cher Gontran,
Me résigner à l'écrire
Lis done et profiles-en !
Dans la chambre nuptiale
Quand vous serez senls tous deux…
Mais pas besoin de morale
À de jeunes amoureux.
Ta femme est iolie et tendre
Et je sais bien, petit vaurien,
Que je n'ai nen, nen, nen à t'apprendre.
(parlé)
Mais si!… Mais si!…
Quand avec ta grand-maman
Le jour de mon manage
Je rentrai le cœur tremblant.
Grand Dieu! Comme le temps passe!
Cela me semble d'hier !
Elle avait si bonne grâce
Et mod, j'avais si bon air.
J'étais comme toi, je pense,
Et je ne fus pas peureux
Quand à minuit, en présence
On nous laissa tous deux.
Pour me faire la morale
Je n'avais personne là
La chose me fut égale
Point n'avais besoin de ça.
Ta grand-mère était tendre
Et je sais bien, petit vaurien
Que l'on n'eut rien, rien, rien à m'apprendre !…


GONTRAN
Comment c'est tout ? ! on n'eut rien à lui apprendre à lm !
c'est possible ! mais à moi!
Mon Dieu! mon Dieu! Ah! maudit Pausanias !
(s'arretant)
Pausanias ! queue idée ! Après tout, c'est mon précepteur,
et il faudra bien qutil me dise Ça rentre dans ses attributions
(écrivant)
Je vais lui faire parvenir ce billet.


 


SCÈNE 4

 
 
GONTRAN
(revenant)
Là! j'ai expédié un domestique à Pausanias avec ces moss:
"Venez vite urgence" souligné deux fois
Pourvu qu'il ne tarde pas trop!
(apercevant Hélène)
Hélène!
(à part)
Déjà !


HÉLÈNE
Ma tante me quitte... Wile m'a tan' toutes ses recommendations...
Eh bien! elle m'a dit que maintenant que me voilà mariée,
ce n'est plus la même chose qu'autrefois...


GONTRAN
Je m'en doutais...


HÉLÈNE
Que je ne suds plus une jeune fille...


GONTRAN
Ca c'est juste... Et en-quite...


HÉLÈNE
Que j'ai un maitre...


GONTRAN
Et ensuite ?...


HÉLÈNE
Que je dois être bien douce avec lui...


GONTRAN
Et?


HÉLÈNE
Et lui obéir en toutes choses...


GONTRAN
Très bien!... Et puis ?


HÉLÈNE
C'est tout ce qu'elle m'a dit...


GONTRAN
(à part)
Comment!...


HÉLÈNE
(allant à lui)
Mon maître. me voici...


GONTRAN
Si je pouvais au moins sauver mon prestige, en attendant.
Et puts, qui salt! cela s'apprend peut-être tout senl...
 
Duetto


GONTRAN
Eh bien, ma chère, à son mari
Une bonne petite femme
Dit gentiment comme ceci:
Mon mari, mon mari, mon mari chéri
Je t'aime de toute mon âme!


HÉLÈNE
Mon man, mon man, mon marl chéri
le t'aime de toute mon âme!


GONTRAN
Oui! Oui! C'est bien gentil
Mais ça ntest que gentil!


HÉLÈNE
Après ?


GONTRAN
Eh bien, pour la récompenser,
À sa chère petite femme
Le mari donne un bon baiser!
Un baiser, un baiser, un bon gros baiser
Dans lequel il a mis toute son âme.


GONTRAN, HÉLÈNE
Un baiser, un baiser, un bon gros baiser
Dans lequel il a mis toute son âme.
À sa chère petite femme.


GONTRAN
Oui! Oui! C'est bien gentil!
Mais... ça n'est que gentil!


HÉLÈNE
Ensuite ?


GONTRAN
Ah mon Dieu, que j'enrage!
Ensuite! Ensuite! Eh bien. c'est tout!


HÉLÈNE
Eh quoi, c'est tout ?


GONTRAN
J'ai beau chercher partout
Oui. c'est bien tout.


HÉLÈNE
Hélas, c'est grand dommage
Que ce soft tout.


GONTRAN, HÉLÈNE
Oui, c'est bien tout.
Oui, c'est bien tout,
Tout, tout, tout, tout.
Non, ce n'est pas tout, je suppose,
Un semblable commencement
Attend un meilleur dénouement
Je nten sais rien, et cependant,
Il doit y avoir autre chose!
Non, ce n'est pas tout, je suppose
Il doit y avoir autre chose!


HÉLÈNE
Alors, voilà tout ce que c'est d'être mari et femme?


GONTRAN
Mais non… mais non…
Il y a encore bien des petites choses…


HÉLÈNE
(vivement)
Lesquelles ?


GONTRAN
(a part)
Il y a énommément de choses...
mais nous avons bien le temps...
Paris ne s'est pas fait en un jour... Rien ne presse...
Puisque nous voilà mariés pour la vie...
Eh bien, il faut ménager nos plaisirs;
anjourd'hui nous ferons ceci, demain cela...
Tiens! demain, nous pourrons faire…


HÉLÈNE
Quoi ?


GONTRAN
Une petite promenade…


HÉLÈNE
Oui... mais ce soir...


GONTRAN
Ce soirdamenous pourrions causer…


HÉLÈNE
(mollement)
Causer... je veux bien...
(ils s'asseoient)
Mais nous ne disions rien...


GONTRAN
(à part)
C'est vrai!…


HÉLÈNE
(qui commence à s'assoupir)
Qu'avez-vous done à regarder ainsi de tous les côtés ?


GONTRAN
Rien, rien... c'est une habitude...
Tous les soirs après mon diner,
je me promène comme ça de lonz en farce
en faisant de grands pas.


HÉLÈNE
(avec un soupir)
Ah!


GONTRAN
Qu'as-tu done ?


HÉLÈNE
Rien, rien... c'est une habitude.
Tous les soirs à cette heure-ci,
le sommeil me prend, et l'on me fait coucher...
Mon ami je vais vous demander
la permission de me retirer dans ma chambre...


GONTRAN
Dans ta chambre!


HÉLÈNE
À moins que vous ntayez encore quelque chose à me dire...


GONTRAN
(tristement)
Non... je ne vois plus rien.


HÉLÈNE
(qui a fait lentement quelques pas)
Alors, bonsoir Hélène…


GONTRAN
(sans bouger)
Bonsoir Hélène…


HÉLÈNE
(à la porte)
Dites donc... si vous avez du nouveau, vous me préviendrez...
 
(elle disparaît)



 
SCÈNE 5
 


 
GONTRAN
(seul)
Si j'ai du nouveau!... Ah! ça, mais elle se moque de moi...
Et tout cela par la faute de Pausanias...
(À ce moment on frappe doucement à la porte)
Ah! c'est lui!...


 
 
SCÈNE 6
 
 
PAUSANIAS
(entrouvrant discrètement la porte et avec timidité)
Est-ce qu'on peut entrer ?


GONTRAN
Belle question! puisque c'est moi qui...


PAUSANIAS
(faisant un pas)
Je ne suds pas indiscret ?...


GONTRAN
Mais non!... mais non !…


PAUSANIAS
Parce que si je vous dérangeais...
Tiens! Vous êtes seul?


GONTRAN
Oui!


PAUSANIAS
Ah!


GONTRAN
(vexé)
Quoi! ah!


PAUSANIAS
Rien... rien...
(à part)
Qu'est-ce qu'il a done fait de sa femme?
 
(il regarde de tous côtés)


GONTRAN
(sévèrement)
M. Pausanias je suds très mécontent de vous.


PAUSANIAS
(surpris)
De moi. monsieur le Comte ?


GONTRAN
Oui ! Vous vous êtes engagé à m'apprendre tout
ce qu'un homme doit connaître dans la vie...


PAUSANIAS
Oui, monsieur le Comte, et je me flatte d'avoir tenu
mes engagements iusau'au bout…


GONTRAN
Erreur, monsieur, erreur !...


PAUSANIAS
Comment ?


GONTRAN
(gravement)
Mon éducation n'est pas complète.


PAUSANIAS
(sursautant)
Par example!... Pas complète, votre éducation!...


GONTRAN
Non, monsieur... Pas complète du tout...


PAUSANIAS
Vous mtétonnez... récapitulons...


GONTRAN
Oui... Récapitulons!
 
Duetto Bouffe


PAUSANIAS
Après vous avoir saturé d'hébreu
D'hindou, d'algèbre, de chimie
Très à fond je vous ai bourré
De grec, de trigonométrie.
Vous traduisez à livre ouvert
Lucain, Virgile, Ovide, Horace,
Juvénal qui n'est pas très clair,
Valerius Flaccus, Valerius et Stace
Valerius Fiaccus, Valerius et Stace.


GONTRAN
Je n'vous dis pas, Pausanias
Mais... Ça ne suffit pas!


PAUSANIAS
Alors j'entamai la métaphysique,
La thérapeutique, et la mécanique
Que je panachai de dialectique
O'un peu d'esthétique et de statistique


GONTRAN
Je n'vous dis pas, Pausanias!


PAUSANIAS
Eh bien?


GONTRAN
Mais ca ne suffit pas!


PAUSANIAS, GONTRAN
La métaphysique, la thérapeutique
La dialectique et la mécanique
Non, non ça ne suffit pas!
Eh anoi. ca ne suffit Das ? (bis)


PAUSANIAS
Plus tard j'abordai la mythologie,
La métallurgie...


GONTRAN
(parlé)
La métallurgie!


PAUSANIAS
Et j'y faufilai la pathologic
Et l'agronomie!


GONTRAN
(parlé)
Et l'agronomie!


PAUSANIAS
Je continuai par l'astronomie
Et l'héliographie!


GONTRAN
(parlé)
L'héliographie!


PAUSANIAS
Puis ie temminai par l'orthopédie.


GONTRAN
(parlé)
Par l'orthopédie!


PAUSANIAS
L'iconographie, l'hydrothérapie
La mythologie, la métallurgie
La pathologic et l'agronomie
L'héliographie, l'orthopédie
L'iconographie, l'hy...


GONTRAN
Je n'vous dis pas, Pausanias!
Mais non! Mille fois non!
Ça ne suffit pas!


PAUSANIAS, GONTRAN
La mythologie, la métallurgie
La chronologie, la pathologic
Non, non, ça ne suffit pas!
Eh quoi ? Ça ne suffit pas ?
La technologie, I'héliographie,
L'iconographie, I'hydrothérapie,
Non, non, ça ne suffit pas!
Eh quoi ? Ça ne suffit pas ? (bis)
La mythologie, la métallurgie,
La chronologie, la pathologic,
La technologie, I'héliographie,
L'iconographie, l'hydrothérapie,
Ça n' suffit pas, Pausanias!
Eh quoi, ça ne suffit pas ?
Ça n'suffit pas, ça n'suffit pas, Pausanias!


PAUSANIAS
Comment ! ça ne suffit pas...
vous trouvez qu'il n'y en a pas assez?!


GONTRAN
Non, monsieur, il n'y en a pas assez.
Il y a encore autre chose.


PAUSANIAS
Autre chose!


GONTRAN
Cherchez!


PAUSANIAS
Mais, je ne vois plus rien.


GONTRAN
(il lui parle bas)
Vous ne m'avez pas appris...


PAUSANIAS
Ah ! c'est vrai!



GONTRAN
Vous voyez bien!


PAUSANIAS
C'est vrai, mais je ne croyais pas, Monsieur le Comte,
que ce fût de ma compétence.


GONTRAN
Je vous somme de combler cette lacune.


PAUSANIAS
Moi!


GONTRAN
Vous! allons... je vous écoute.


PAUSANIAS
(balbutiant)
Mon Dieu, Monsieur le Comte... c'est que... c'est que...
(prenant son parti, mais d'un ton piteux)
Je ne sais pas...


GONTRAN
(avec éclat)
Vous ne savez pas!


PAUSANIAS
(timidement)
Non, Monsieur le Comte.


GONTRAN
À votre âge!


PAUSANIAS
Que voulez-vous ? Je suds si occupéet
comme ce n'est pas sur le programme des études…


GONTRAN
(lui prenant son parapluie et le levant sur lui)
Imbécile!


PAUSANIAS
(s'échappant)
Mais je vais m'infommer.


GONTRAN
(le poursuivant)
Buse!


PAUSANIAS
Je reviens ! je renens!
 
(il sort précipitamment)




SCÈNE 7

 
GONTRAN
(seul)
Quel âne ! Mais lui... un professeur, un homme de science!
Oh ! c'est honteux ! honteux !
(avec un soupir)
Allons! c'est fidi! bien fidi! cette fois...
Il faut attendre à demain.
Allons nous coucher...
(il se dirige vers sa chambre puis il s'arrête)
Il fait ici une chaleur... on étouffe...
(il ouvre la fenêtre)
Oh! ça ne mtétonne plus... il tombe de grosses gouttes de pluie...
et il y a là-haut un gros nuage...
je connais maintenant la raison de mon malaise…
 
Couplets


GONTRAN
Lorsque le ciel se couvre ainsi.
J'éprouve une langueur extrême
Je sens un trouble landéfini
Enfin, Je ne suis plus moi-même.
Cela me rend tout inquiet.
J'ai froid, et pais je suds en nage;
Bref, J'ai mes nerfs; voilà l'effet
Que me produit un temps d'orage. (bis)
La jardinière à grand-papa
M'a-t-on dit, était vertueuse,
Quand l'autre jour elle oublia
Tous ses devoirs, la malheureuse !
Il faisait un gros ouragan
Lorsqu'elle cessa d'être sage
N'est-ce vraiment pas désolant
Ce que peut faire un temps d'orage ? (bis)


GONTRAN
Brrr! on dirait que ça se gâte.
(bruit de tonnerre)
Diable de tonnerre...
décidément c'est le moment d'aller nous coucher...
 
(Il prend son bougeoir et jette un dernier regard sur la chambre d'Hélène. Deuxième coup de tonnerre)


HÉLÈNE
(en dehors)
Gontran! Gontran!


GONTRAN
La voix d'Hélène!



 
SCÈNE 8


HÉLÈNE
(en dehors)
Gontran !
 
(Nouveau coup de tonnerre. La porte s'ouvre. Hélène paraît en peignoir décolleté, les bras nus; un fichu jeté au hasard couvre mal ses épaules. Elle est toute houbversée, elle court vers Gontran et se précipite dans ses bras)
Gontran! j'ai peur! j'ai peur!


GONTRAN
(poussant un cri)
Ah ! qutelle est joke comme cela!


HÉLÈNE
(tout émue)
Gontran, il y a une chose que je voulais vous dire
avant le manage, mais ie n'ai pas osé...


GONTRAN
Quoi done ?


HÉLÈNE
Je ne suds pas très brave.


GONTRAN
Chère petite!
(à part)
Ah ! mais... mon Dieu qu'elle est done jolie!


HÉLÈNE
J'ai horriblement peur du tonnerre!


GONTRAN
(distrait par tout ce qu'il regarde)
Ah ! tent mieux!
(à part)
C'est étrange... je...
(haut ne sachant plus ce qu'il dit)
Tant mieux !


HÉLÈNE
Comment, tent mieux ?
Mais vous avez l'air de ne pas mtécouter…


GONTRAN
Oui parce que je te regarde…


HÉLÈNE
(s'apercevant de son désordre)
Oh ! mon Dieu ! Non, non je vous en prie Gontran
ne me regardez pas j'ai perdu la tête
et je suds venue sans penser…


GONTRAN
(la regardant de plus en plus)
Je vois bien, je vois bien…
(à part)
Oh ! je suis comme grisé!


HÉLÈNE
Gontran, si vous me regardez, je m'en vais.
 
(elle s'éloigne de lui)


GONTRAN
(à part)
Ah!


HÉLÈNE
Quoi ?


GONTRAN
Tu n'as pas vu ? Un éclair épouvantable...
Le coup de tonnerre n'est pas loin.


HÉLÈNE
(revenant vers lui)
Mon Dieu! mon Dieu!


GONTRAN
Avec ça que moi, je ne suis pas très rassuré non plus…
en princine…


HÉLÈNE
Comment ! vous avez peur du tonnerre... vous, un homme?


GONTRAN
J'en ai peur et je n'en ai pas peur...
j'en ai peur quand je suis seul...
(tendrement)
mais pas quand je suis deux...


HÉLÈNE
Ah! quand vous êtes deux...


GONTRAN
Je suis tranquille...


HÉLÈNE
Pourquoi ?


GONTRAN
Parce qu'alors on n'a qu'à faire une chose: on s'approche...
on s'approche l'un de l'autre...
on se prend les mains en se regardant avec affection...
avec beaucoup d'affection.
Et alors ça neutralise les effets de la foudre.


HÉLÈNE
(incrédule)
Oh!


GONTRAN
C'est Pausanias qui me l'a dit ainsi! Il sait tout…


HÉLÈNE
(persuadée)
Ah! alors... essayons.


GONTRAN
Essayons!
 
Duo


GONTRAN, HÉLÈNE
Faisons-nous petits, tout petits,
Comme des oiseaux dans leur nid
L'un vers l'autre restons blottis,
Oui, I'un vers l'autre restons blottis
Faisons-nous petits, tout pefits! (bis)


GONTRAN
Tu vois, ma mignonne, ça cesse
Le ciel semble moins en courroux
En faveur de ta gentillesse
Le tonnerre a nitié de nous.


HÉLÈNE
Ah grands dieux, cela recommence!


GONTRAN
C'est que tu t'éloignes de moi.
Approche-toi, ma chérie, approche-toi!


HÉLÈNE
Je meurs d'effroi!


GONTRAN
Approche-toi! Viens sur mon cœur
Et reDrends confiance.


GONTRAN, HÉLÈNE
Faisons-nous petits, tout petits
Faisons-nous petits, tout petits,
Petits, tout petits.


GONTRAN
Qu'elle est jolie ainsi, dans mes bras palpitante !
La peur à sa beauté donne un je ne sais quoi.
Tout près de mes baisers, que sa joue est tentante!
Si j'essayais ? Bah! Risquons-nous, ma foi !
(il l'embrasse)
Grands dieux!


HÉLÈNE
Qu'avez-vous ?


GONTRAN
Il me semble
Que ce baiser point ne ressemble
À ceux de tout à l'heure! I1 est
Beaucoup plus doux.


HÉLÈNE
Que dites-vous ?


GONTRAN
Beaucoup, beaucoup plus doux! Je recommence!


HÉLÈNE
Non, non, Monsieur! Non, non, Monsieur!


GONTRAN
Quelle imprudence! Le tonnerre va revenir!


GONTRAN, HÉLÈNE
Le tonnerre, il va revenir ! Il va revenir!


GONTRAN
Alors, il me faut obéir!
J'en prends un, j'en prends deux,
J'en prends trois, j'en prends quatre!


HÉLÈNE
À moi! J'en prends un, j'en prends deux !
J'en prends trois, j'en prends quatre!


GONTRAN, HÉLÈNE
À moi, à moi!
À toi, à toi!
Le joli jeu que celui-là!
Dieu, qu'ils sont doux, ces baisers-là! (bis)


GONTRAN
Mon pauvre cœur, l'entends-tu battre ?


HÉLÈNE
Et le mien ! Vois, il bat, il bat!


GONTRAN, HÉLÈNE
C'est l'amour qui le fait battre!
Oui, dans notre âme il se fait jour!
L'amour, c'est lui l'amour!
Nous connaissons l'amour.
Ah! J'en prends un, j'en prends deux,
J'en prends trois, j'en prends quatre!
À toi! À toi! À moi!À moi!
Le joli jeu que celui-là!
Dieu qu'ils sont doux ces baisers-là!


VOIX DE PAUSANIAS
Monsieur le Comte!... Monsieur le Comte!


GONTRAN
(se levant)
Pausanias! Le diable l'emporte!…
Qu est-ce qu'il y a ?


 
 
SCÈNE 9
 

PAUSANIAS
(entrouvrant la po rte)
Je viens de voir un collègue...


GONTRAN
Va-t'en, je n'ai plus besoin de toi.


PAUSANIAS
Mais..


GONTRAN
(le repoussant)
Veux-tu t'en aller !...
 (à Hélène)
N'est-ce pas ?... nous n'avons pas besoin de lui...


HÉLÈNE
(baissant les yeux)
Je crms que non, mon ami...


PAUSANIAS
Je vois bien…
(à Gontran)
Mais il y a une chose dont nous avons besoin…


GONTRAN
Oui... l'indulgence de ces dames et de ces messieurs...
Eh bien, pour l'obtenir:
 
Final

GONTRAN, HÉLÈNE
Faisons-nous petits, tout petits!
Faisons-nous petits, tout petits, tout petits!


FIN