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Médée Libretto

Médée
Opera in 5 atti con un prologo
di Thomas Corneille
Musica di Marc-Antoine Charpentier

 

Personaggi:
Médée
Créon
Créuse
Jason
Oronte
Nérine
Chef duPeuple
La Victoire
La Gloire
Un Berger
Arcas
Un Captif
L'Amour
Une Italienne
La Jalousie
La Vengeance
Cléone
First Fantome
Second Fantome

 
 

PROLOGUE

Le Théâtre represente un lieu rustique embeli par la presence de Rochers a de Cascades

TROUPE de peuples, de bergers héroïques et de pastres
Louis est triomphant, tout cede â sa puissance,
La Victoite en tow lacux ftat teverer ses loix.
Pour la voir avec nous toujours d'intelligence,
Rendons-luy des honneurs dignes de sa presence,
Rendons-luy des honneurs dignes dcs grands Exploits,
Qui consecrent le nom du plus puissant des Roys.
Premier Air

DEUX BERGERS et UN HABITANT
Paroissez, charmante Victoire,
Hastez-vous, venez, descendez,
Amenez-nous Bellonne,
Amenez-nous le gloire
Par qui vos soins sont si bien secondez.

CHŒUR
Paroissez, charmante Victoire,
Hastez-vous, venez, descendez.

LES DEUX BERGERS et L'HABITANT
Ce nuage brillant nous donne lieu de croire
Que vous nous entendez.

CHOEUR
Paroissez, charmante Victoire,
Hastez-voue, venez, descendez.

On entend une Symphonie, pendant laquelle paroît un tourbillon de nuages qui descend, et en s'ouvrant fait paroître le Palals de la Victoire, qul s'avance et occupe tout le Théâtre; et au milieu du Palais, sont la Gloire, la Victoire et Bellone.

LA VICTOIRE
Le Ciel dans vos vreux s'interesse,
Depuis longtemps la France est mon sejour,
Attachée au Heros qui pour elle sans cesse
Faut agir sa haute sagesse,
Je sens pour luy de jour en jour
En redoublant mes soins redoubler mon amour.
Ne craignez pas que la Victoire
Favorise jamais les jaloux de sa gloire.
Ils ne cherchent à triompher
Qu'afin de prolonger la guerre;
Louis combat pour l'étouffer,
Et tendre le calme à la terre.

LA GLOIRE
Pour seconder vos soins laissez faire la gloire,
Ce heros me cherit et je l'aimay toujours.
On vena durer nos amours
Quand mesme il n'aura plus besoin de la Victoire,
Non, ses Ennemis jaloux
Ne pourront jamais rien contre des nœuds si doux.

CHŒUR
Non, ses Ennemis jaloux
Ne pourront jamais rien contre des nœuds si doux.

LA VICTOIRE
Le bruit des Tambours, des Trompettes.
Ne viendra point troubler vos jeux,
Bergers reprenez vos Musettes,
Chantez l'amour chantez ses feux
La guerre et ses dangers affreux
N`approchent point de vos douces retraites,
Le plus grand des Heros vous y fait vivre heureux,
Il vaincra tant de fois sur la terre et sur 1'onde,
Que ses Ennemis terrassez
Malgré tous leurs projets seront enfin forcez
De souffrir le repos qu'il veut donner au monde.

CHOEUR
Il vaincra tant de fois sur la terre et sur l'onde,
Que ses Ennemis terrassez
Malgré tous leurs projets seront enfin forcez
De souffrir le repos qu'il veut donner au monde.
Canaries - Suite des Canaries

UN BERGER
Dans le bel âge si l'on n'est volage,
Les tendres creurs goûtent peu de douceurs;
L'ardeur d'une flame constante
Est bien-tost languissante,
Veut-on d'agreables amours,
Il fait changer toujours.
Passepièd

CHŒUR
Le bruit des Tambours des Trompettes
Ne viendra point troubler nos jeux.
Prenons nos Pipeaux, nos Musettes,
Chantons l'amour, chantons ses feux;
La guerre et ses dangers affreux
N'approchent point nos douces rettraites.
Le plus grand des Heros nous y fut vivte heureux.
Il vaincra tant de fois sur la terre et sur 1'onde,
Que ses Ennemis terrassez
Malgré tous leurs projets seront enfin forcez
De souffrir le repos qu'il veut donner au monde.

Après le Chœur, le Palais s'èn retourne d'où il est venu; le tourbillon se renferme et remonte au Ciel.

 

 

Act I




Le Théâtre represente une Place Publique, ornée d'un Arc de Triomphe, de Statues et de Trophées sur des pieddestaux.

 

SCENE 1
MÉDÉE, NÉRINE

MEDÉE
Pour flatter mes ennuis que ne puis-je te croire ?
Tout le monde voudroit mon repos et ma glire
Mais en vain, à douter, je trouve des appas.
Jason est un ingrat, Jason est un parjure.
L'amour que j'ay pour luy me le dit, m'en assure.
Et l'amour ne se trompe pas.

NÉRINE
Dn mouvement jalous vous le peint infidelle;
Mais d'injustes soupçons troublent vostre repos
Créuse est destinée au Souveram d Argos;
Sur quel espoir Jason brûleroit-il pour elle ?

MÉDÉE
Je sçay qu'Oronte est prest d'arriver en ces lieux,
Il vient remply d'un espoir glorieux;
Mais à le recevoir si Corinthe s'appreste,
Ce n'est point son Hymen qui le fait souhâter;
Il s'éleve contr'elle une affreuse tempeste.
Son secours la peut écarter.

NÉRINE
Acaste contre vous arme la Thessalie;
La cruelle mort de Pelie
Vous rend l'objet de sa fureur;
Si Créon ne vous abandonne
De la guerre en ces lieux il va porter l'horreur.
Et lorsqu'en ce peril comme l'Amour l'ordonne,
Jason veut de Créuse acquerir la faveur,
Faut il que ce soin vous etonne?

MÉDÉE
Qu'il soit abandonné de Créuse et du Roy,
S'il luy faut un appuy ne l'a t'il pas en moy.
Quand de Colchos il prit la fulte,
Maître de la riche Toison,
Mon père eut beau s'armer contre ma trehison,
Quel fut l'effet do sa poursuite.

NÉRINE
Quoy vo' resoudre à fuir toujours?

MÉDÉE
La fuite, l'exil, la mort même,
Tout est doux avec ce qu'on ayme.

NÉRINE
Jason pour vos enfans cherche icy du secours.

MÉDÉE
Qu'il le cherche mais qu'il me craigne;
Un Dragon assoupy,
De fiers Taureaux domptez ont à ses yeux suivy mes volontez;
S'il me vole son cœur,
Si la Princesse y regne,
De plus grands efforts feont voir
Ce qu'est Médée et son pouvoir.

NÉRINE
Forcez vos ennuis au silence,
Un courroux violent ne doit jamais parler,
On perd la plus seure vengeance
Si l'on ne sçait dissimeler.

MÉDÉE et NÉRINE
Forcez vos ennuis u silence...
 
 

SCENE 2
MEDÉE, JASON, NÉRINE, ARCAS

MÉDÉE
D'où vo' vient cet air sombre ?
et gu'allez vo' m'apprendre ?
Créon nous voudroit-il bannir de ses Estats ?

JASON
Créon redoute Acaste, et ne s'explique pas;
Mais contre nous, quoyqu'on puisse entreprendre,
Du moins pour nos enfans J'ay sceu féchir les Dieux.
S'il faut d'un fier destin suivre la loy cruelle,
Ils trouveront un azile en ces lieux,
La Princesse les doit retenu auprès d'elle.

MÉDÉE
C'est estre généreuse.

JASON
Elle me brisse voir
Que nous pouvons espere d'avantage
Sur son père elle a tout pouvoir,
Et j'attens tout du zele où sa bonté l'engage.

MÉDÉE
L'ardeur que vous monstrez à luy faire la Cour,

JASON
Ignorez-vous d'un pere où va le tendre amour?

MÉDÉE
Pour nous la rendre favorable
Vos soins trop assidus devroient vo' altarmer;
Une douce habitude est facile à former,
Et voir souvent ce que l'on trouve aymable
C'est flatter le penchant qui nous porte à l'aymer.

JASON
Quoy ? vous me soupçonnez.

MÉDÉE
Jason doit me connoistre,
Il me coûte assez cher pour ne le perdre pas.

JASON
Ah ! que me dites vous ?

MÉDÉE
Ce que je crains.

JASQN
Helas! Que ne puis je faire paroistre
Ce que mon cœur pour vous sera jusqu'au trépas.

MÉDÉE et JASON
Que de tristes soucis; malgré tous ses appes,
Dans un cœur bien touche, l'injuste Amour fait naistre.

MÉDÉE
De trop cuisants remords accablent les ingrats,
Jason ne le voudra pas estre.

JASON
Quittez ces détours superflus.
Pour m'asseurer du Roy je voyois la Princesse;
Mais si c'est un soin qui vous blesse
Parlez, je ne la veney plus.

MÉDÉE
Non, Jason, cherchez à luy plaire,
Dans les rigueurs d'un sort trop inhumain
Son secours nous est necessaire.

JASON
Pour nous le rendre plus certain,
Diray-je ce qu'il faudroit faire ?
Cette Robe superbe où par tout nous voyons
Du Soleil vostre ayeul éclatter les rayons,
Par son brillant a touché son envie,
Ses yeux m'en ont paru surpris.
Nous verrions sa faveur d'un prompt effet suivie,
Si de ses soins vous en faisiez le prix.

MÉDÉE
Vous le voulez, je la donne sans peine;
Mais du Ciel irrité quelque soit le courroux,
Songez que si je puis me répondre de vous,
Je n ay point à craindre sa haine.

 

SCENE 3
JASON, ARCAS

JASON
Que je serois heureux si j'estois moins aymé !
Médee avec ardeur dans mon sort s'interesse,
Je luy dois toute ma tendresse,
D'une autre cependant je me trouve charmé,
Et malgré moy j'adore la Princesse.
Quo je serois heureux si j'estois moins aymé!

ARCAS
Si vous l'abandonnez, songez-vous à la rage
Où l'a mettra son desespoir?

JASON
Je sçay la grandeur de l'outrage,
Je manque à la foy qui m'engage,
Et vois tout ce que je dois voir;
Mais un fier ascendant asservit mon courage,
En vain je cherche à n'y point consentir;
Des grandes passions c'est le sort qui decide:
Je rougis, je me hais d'estre ingrat et perfide,
Et je ne puis m'en garantir.

ARCAS
Dans ce que peur Médée oserois-je vous dire
Que vous ne sçaurez trop redouter son couroux.
Si sur vostre ame encor la gloire à quelqu'empire,
Voyez ce qu'elle veut de vous.

JASON
Que me peut demander la gloire
Quand l'Amour s'est rendu le maistre de mon coeur?
Dans le triste combat où, si j'ose la croire,
L'avantage cruel de demeurer vainqueur
Doit mc coûter tous mon bonheur
Que me peut demander la gloire?
Si je traite Médée avec trop de rigueur,
Un objet tout charmant trouve de la douceur
A me ceder une illustre victoire,
Je touche au doux moment d'en estre possesseur.
Serments de ma Première ardeur,
Devoirs que je trahis, sortez de ma memoire,
Et ne m'opposez plus vos chimeres d'honneur,
Que me peut demander la gloire
Quand l'Amour s'est rendu le maistre de mon cœur.

CHOEUR DE CORINTHIENS
qu'on no voit pas
Disparoissez, inquiettes allarmes,
Vaines terreurs, fuyez, éloignez-vous,
Le secours d'un Heros vient se joindre à nos armes,
Nos plus fiers ennemis trembleront devant nous.

 

SCENE IV
CREON, JASON, ARCAS

Suite de Créon

CRÉON
L'allgresse en ces lieux ne peut estre plus grande.
Mon peuple voit Oronte, et son secours promis
Doit étonner nos ennemis;
Rendons-luy les honneurs que son rang nous demande.

JASON
L'Amour fut son empressement.
Mais, Seigneur, j'ose croire au moment qu'il éclate
Que si sa presence vous flatte,
Vous cherehez plus en luy le guerrier que l'Amant.

CRÉON
J'ay fait naistre vostre esperance.
Aymez, perseverez...
Mais Oronte s'avance.

 

SCENE 5
CRÉON, JASON, ORONTE

Suite de Créon et d'Oronte

Fanfare

ORONTE
Seigneur, la Thessalie attaquant vos Estats,
Pour vous de mon secours je craindrois la foiblesse,
Si ma seule valeur répondoit de mon bras;
Mais quand pour meriter les vœux de la Princesse,
L'honneur de la servir m'attire en vostre Cour
J'ose tout esperer de l'ardeur qui me presse.
Que ne peut point un cœur animé par l'amour?

CRÉON
Prince, je sçey que t'amour a des charmes
Qui font les soins des jeunes cœur
Mais la guerre aujourd'huy par ses tristes allarmes
En doit suspendre les douceurs.
Vous brulez pour ma fille, avant qu'elle se donne
Il faut affermir ma couronne.
Jason la soûtiendra si vous le secondez.

ORONTE
Après l'heureux succez de ta Toison conquise,
Sa valleur dans cette entreprise
Asseure les Exploits que vous en attendez.

JASON
Les vostres sont certains: un grand prix vous anime,
Et rien n'est impossible qui peut l'aquerir.

CREON
Voyez nos peuples accourir,
Et souffrez que leur joye auprés de vous s'exprime.

Fanfare

(On reprend la Fanfare pendant laquelle la Corinthiens chantants et dançants entrent.)

 

SCENE 6
CRÉON, JASON, ORONTE
Troupe de Corinthiens et d'Argiens

CHŒUR DE CORINTHIENS
Courez aux champs de Mars,
Volez, jeune Heros,
Ouvrez-nous le chemm qui conduit à la gloire;
Nos cœurs ont trop languy dans le sein du repos.
Pour nous mener à la victoire,
Courez aux champs de Mars,
Volez, jeune Heros.

ORONTE
Courons, volons d'un courage intrepide,
Sur la foy de l'amour affrontons les hazards:
Ce Dieu peut tout, puisqu'il me sert de guide
La victoire en tous lieux suivra mes Estandars.

CHŒUR D'ARGIENS
Ce Dieu peut tout, puisqu'il nous sert de guide,
La Victoire en tous beux suivra nos étendars.

La Corinthiens font un essay de Lutte. Les Argiens font une danse galante.

CHOEUR DE CORINTHIENS et D'ARGIENS
Quo d'épais bataillons sur ces rives descendent,
A nos vaillants efforts il faudra qu'ils se rendent.
Unissons-nous en ce grand jour.
La glorre et l'amour le demandent.
Nour ferons triumpher et lae gloire et l'amour.
Rondeau pour les Corinthiens
Second Air pour les Argiens

 

 

 

Act II



Entr tacte

Le Théâtre represent un Vestibule, orné d'un grand Portique

SCENE 1
CRÉON, MÉDÉE, NÉRINE

CREON
Il est temps de parler sans feindre,
Acaste vous poursuit, vous n'avez rien à craiundre,
Sur quelqu'espoir qu'il forme ses desseins,
Tombe sur Corinthe la foudre,
Plûtost qu'on puisse me resoundre
A me livrer entre ses mains.

MÉDÉE
Seigneur, ume bonté si grande
Marque le coeur d'un veritable Roy.

CREON
Lorsque pour vous je fais ce que je doy,
A vostre tour la justice demande
Que vous fassiez quelque chose pour moy;
A vous voir dans ma Cour mon peuple s'inquieste,
Ilcraint ce qu'avec vous vous traînez de malheurs,
Et que ma complaisance à vous donner retruste
Ne luy soit un sujet de pleurs.
Pour le guerir de ses allumes,
Allez attendre en d'autres lieux,
Pendant le tumulte des armes
Ce que de nos destins ordoneront les Dieux.
A vos enfans je veux servir de père.
Pour eux, puisque je l'ay promis,
Je combattray vos ennemis
C'est plus que je ne devrois faire.

MÉDEE
Sans m'étonner j'écoûte mon arrest,
Quels que soient les ennuis où mon destin me livre;
Jason a partir est-il prest,
Je fais tout mon bonheur du plaisir de le suivre.

CREON
Pour ne vous pas bvrer j'expose mes Estats,
Aux malheurs que la guerre attire,
Et pour deffendre cet empire,
Jason voudroit nous refuser son bras,
Me ravir ce Heros c'est m'oster la victoire.

MÉDÉE
Me separer de luy c'est me priver du jour.
S'il m'ose abondonner, que devient son amour?

CREON
S'il ose abandonner, que deviendra sa gloire ?
Par une lâcheté voulez-vous qu'il ternisse
L'eclat des grands exploits qui le font redouter ?

MÉDÉE
Ils sont grands, il est vray, mais rendez-moy justice;
Si malgré les perds qu'il falloit surmonter
La Toison emportée a fait voir son courage,
A qui doit-il cet avantag?

CREON
Je veux que ce qui rend son nom si glorieux
De vos enchantemens soit l'effet admirable,
Ignorez-vous qu'un murmure odieux
Vous fait par tout croire coupable.

MÉDÉE
Doit-on m'imputer des forfaits
Sans voir poue qui je les ay faits ?
Vos reproches, Seigneur, ne sont pas legitimes,
Si pour Jason je me suis tout permis,
Puisque luy seul a joüy de mes crimes,
C'est luy seul qui les a commis.

CREON
En vain sur ce Heros vous rejettez la haine
Qul ne doit tomber que sur vous,
Du pouvoir de vostre Art, peut estre est-on jaloux;
Mais enfin mes sujets vous souffrent avec peine,
Pressé par eux, pour sortir de ma Cour
Je ne puis vous donner que le reste du jour.

MÉDÉE
Ay-je donc merité cette rigueur extréme ?
On me chasse, on m'exile, on m'arrache à moy-mesme.

CREON
Fusons taire les mécontents,
Quand on entend grondes l'orage,
C'est estre sage
Que de ceder au temp.

 

SCENE 4
CREON, MÉDEE, CREUSE, CLÉONE

MÉDÉE
Princesse, c'est sur vous que mon espoir se fonde.
Le destin de Médée est d'estre vagabonde;
Preste a m'eloigner de ces lieux
Je laisse entre vos mains ce que j'ayme le mieux;
Je sçay qu'une pitié sincere
Pour mes enfans a touché vostre cœur,
Prenez en quelque soin, et souffrez qu'une mère
Au moins dans son exil gouste cette douceur,
Ce sera pour mes vœux une grunde victoire,
Si de mon triste sort le Ciel leur fait raison,
Je ne vous dis rien pour Jason,
Jason aura soin de sa gloire.

 

SCENE 3
CRÉON, CRÉUSE, CLÉONE

CRÉON
Enfin à ton amour ton espoir est permis,
Ta rivale à partir s'appreste,
Et puisque tes appas tiennent Jason soûmis,
Tu peux jouir de ta conqueste.

CREUSE
Seigneur, souvenez-vous que c'est par vostre aveu
Que Jason dans mon ame alluma ce beau feu.
L'amour sur tous les cœurs remporte la victoire,
La plus fiere à son tour
Reconnoist son pouvoir;
Mais il n'est doux que quand la gloire
Pour le faire éclater suit les loix du devoir.

CREON
D'Oronte par ce choix je trompe l'esperance;
Mais l'hymen de Jason l'arreste en mes Estats,
Au plus grands des Heros,
J'en remets la deffence,
En preferant son alliance,
Je te donne et ne te perds pas.

 

SCENE 4
CREON, JASON, CREUSE, CLÉONE

CREON
Prince, venez apprendre une heureuse nouvelle,
Médée est preste à nous quitter
Et veut bien qu'en ces lieux vous demeuriez sans elle,
Tant que nos ennemis seront à redouter,
Comme dans vos adieux, il faudra de l'adresse.
A luy cacher sous quelqu'espoir
Pour l'esloigner j'use de mon pouvoir,
Prenez avis de la Princesse.

 

SCENE 5
JASON, CRÉUSE, CLÉONE

JASON
Qu'ay-je à resoudre encore?
Il faut vivre pour vous.
Est-d un plus grand atvantage
Que de borner mes souhaits les plus doux
A rendre à vos beautez un eternel hommage.
Plus je vous voy, plus je me sens charmé,
A mon amour mon cuœr ne peut suffire.
Quand on ayme ardemment quel plaisir d'estre aymé !
Quel triomphe de l'oser dire!

CREUSE
Pour regner par tout à son choix
L'imperieux amours ne respecte personne.

JASON
Il faut faire ce qu'il ordonne,
Le vray bonheur est de suivre ses loix.

CREUSE
Avant que de vous voir mon cœur estoit tranquile,
Et quand vous en trouble la paix,
Je sens qu'à mon bonheur la perte est inutile;
Vous, où j'ay tant trouvé de sensibles attraits,
Doux repos, quittez-moy, ne revenez jamais.

JASON
De la tranquillité doit-on se mettre en peine,
Quand on sent un trouble si doux ?

CREUSE
J'en jouirois encor sans vous.

JASON
Contre l'Amour la resistance est vaine,
Goûtons l'heureux plaisir de perdre cette paix.

CREUSE
Doux repos, quittez moy, ne revenez jamais.

ENSEMBLE (CREUSE et JASON)
Goûtons l'heureux plasir de perdre cette paix.
Doux repos, quittez nous, ne revenez jamais.

CREUSE
Médée eut sur vostre ame un souverain empire,
L'Amour luy soûmettoit toutes vos volontez;
Pour rallumez vos feux la pitié peut suffire.
Quel desespoir si vous ta regretez.

JASON
Oronte vous adore il viendra vous le dire,
L'Amour tiendra sur vous ses regards arrestez;
Ses soupirs vous pouront parler de son martyre,
Quel desespouir si vous les ecoutez!

CREUSE
Quand son amour seroit extrême,
Vous n'avez rien à redouter:
Dans le temp même
Que Je paroistray l'écouter,
Mes yeux vous diront je vous ayme.

JASON
Ah! disons-le cent fois dans les tendres desirs
Que le sincere amour inspire,
On ne sçauroit assez le dire.
Le plaisir d'estre aymé passe tous les plaisirs.

ENSEMBLE
Ah! disons-le cent fois dans les tendres desirs
Que le sincere amour inspire,
On ne sçauroit assez le dire.
Le plaisir d'estre aymé passe tous les plaisirs.

 

SCENE 6
ORONTE, CREUSE, JASON, CLÉONE

ORONTE
Puisqu'un fier Ennemy par le bruit de ses armes
Suspend le succez de mes feux,
Du moins, belle Princesse, agreez qu'à vos charmes
J'offre l'hommage de mes voeux,
Dans le doux espoir qui me flatte
Mon amour ne peut plus se tenir renfermé,
Il faut enfin que cet amour éclate
Aux yeux qui m'ont charmé.

CRUSE
Mon cœur qui s'applaudit d'une illustre victoire,
Ayme dans son penchant à trouver son devoir;
L'hommage d'un Heros que couronne la gloire,
Est toujours doux à recevoir.

ORONTE
Ne le differons plus ce tendre et pur hommage,
Qui vous répondra de ma foy.

Et qu'icy millc voix par un doux assemblage.
De mon amour parlent avec moy.

 

SCENE 7
CREUSE, JASON, ORONTE, CLEONE

Prélude

Un petit Argien représentan l'amour, paroist dans son char traisné par des Captifs de differentes nations et de tout sexe.

CHŒUR DE CAPTIFS D'AMOUR
Qu'elle est charmante, qu'elle est belle,
Ah! qu'il est doux de soupirer pour elle.

UN CAPTIF
Venir l'adorer en ces lieux
Est un destin bien gloireux;
Mais si la douceur de ses yeux
Doit tromper une ardeur si belle,
Ah! quel malheur pour un amamt fidelle.

CHŒUR
Ah! quel malheur pour un amant fidelle.

UN CAPTIF
Une rigoreuse fierté
Sieroit mal à tant de beauté.
L'amour par tout si redouté
L'empeschera d'estre cruelle.
Ah! quel bonheur pour un amant fidelle.

CHŒUR
Ah! quel bonhoeurpour un amamt fidelle.

Chaconne

 

L'Amour offre son Arc à Créuse, qui refuse de le prendre. Créuse monte sur le Char de l'Amour. Jason et Oronte se placent à ses côtez.

UNE ITALIENE
Chi teme d'amore ligrato martire,
O non vual gloire,
O cuore non hà.
Son gusti idolori,
Le spine son fiori
Ch'Amore ne dà
Ma solo penando
Ardendo, e sperando,
Un'alma legata
Fre ceppi beata
Per prove lo sà
Chi teme d'amore ligrato martire,
O non vual gioire,
O cuore non hà.

CHŒUR
Son gusti idolori
Le spine son fiori
Ch'amore ne dà
Ma solo penando,
Ardendo, e sperando,
Un'alma lagata
Fra ceppi besta,
Per prove lo sà.

L'ITALIENE
Chi teme d'amore ligato martire,
O non vuol gloire
O euare non hà.

CHŒUR
O non vuol gloire,
O cuare non hà!

Passecaille

TROIS CAPTIFS
D'un amant qui veut plaire
L'hommage est sincere,
D'un amant qui veut plaire
L'hommage est constant.

CHŒUR
D'un amant qui veut plaire
L'hommage est sincere,
D'un ament qui veut plaire
L'hommage est constant.

LES TROIS CAPTIFS
Aymer et l'oser dire,
C'est ce qu'il desire,
Aymer et l'oser dire,
C'est ce qu'il pretend.

CHOEUR
D'un amant qui veut plaire
L'hommage est sincere,
D'un amant qui veut plaire
L'hommage est constant.

LES TROIS CAPTIFS
Amans, portez vos chaînes
D'un esprit content.

CHŒUR
L'Amour à pour vos peines
Un prix éclatant.

LES TROIS CAPTIFS
D'un amant qui veut plaire
L'hommage est sincere,
D'un amant qu'veut plaire
L'hommage est constant.

CHŒUR
D'un amant qui veut plaire
L'hommage est sincere,
D'un amant qui veut plaire
L'hommage est constant.
Suite de la Passacaille

L'AMOUR
à Créuse après qu 'elle est descendue du char
Vous voyez à quoy j'aspire,
Pour faire un heureux vainqueur,
Je conte sur vostre cœur,
Oserez-vous m'en dedire.

ORONTE
Parlez, belle Princesse, il s'agit en ce jour
D'avoir le cœur sincere et d'aymer qui vous ayme.

JASON
L'Amour sur ce qu'il veut s'est expliquè luy-mème,
Vous devez contenter l'Amour.

CREUSE
En vain l'Amour me sollicite,
Qu'un Amant se fasse estimer
Pau tout ce que la gloire ajoûte au vray merite,
Il est seur de se faire aymer.

CHOEUR
Ton triomphe est certain,
Victoire, Amour, victoire.
L'amant que tu veux rendre heureux
Est seur de l'estre par la gloire,
La gloire est l'objet de ses voeux.

 

 

 

Act III


 

Entr'tacte

Le Theatre represente un lieu destiné aux Evocations de Médée

SCENE 1

ORONTE, MÉDÉE
Ritournelle

ORONTE
L'orage est nolent, il a dû vous surprendre,
Mais sans vous allarmer Iaissez gronder les flots,
Je viens vous offrir dans Argos
Un bras armé pour vous detffendre.

MÉDÉE
Si par l'exil que m'impose le Roy,
Corinthe s'affranchit des fureurs de la guerre.
Pourquoy charper une autre terre
Des maux que Je traîne avec moy ?
Acaste veut que je perisse,
Et lorsque pour ma perte il arme son courroux.
Je croirois faire une injustice
De l'étendre sur vous.

ORONTE
Le fier appareil de ses armes
Me cause de foibles allarmes.
Pour les attirer contre moy,
Dans la vive ardeur qui me presse
Que Jason obtienne du Roy;
Que par l'hymen de la Princesse,
Demain il couronne ma foy.
Alors dans mes Estats Jason pourra vous suivre,
Et si vos ennemis veulent vous désunir,
Ils verront en cessant de vivre
Se Je sçay comme il faut punir.

MÉDÉE
Vous ignorez ce qui se passe,
Il faut vous découvrir par quelle trahison
On veut m'éloigner de Jason.
Il faut vous faree voir jusqu'où va ma disgrace;
Tremblez, Prince, mes maux enfin trop confirmez
En m'accablant retombent sur vous même,
Jason me trehit, Jason ayme.
Et peut estre ést aymé de ce que aymez.

ORONTE
Ciel! que me dites vous, je perdrois la Princesse,
Au mépris de mes vœux elle aymeroit Jason.

MÉDÉE
N'en doutez pas ma presence les blase,
Je fus obstacle à leur tendresse;
C'est là de mon exit la pressante ruson.

ORONTE
En vain je voudrois me le taire.
On vous bannit mon hymen se differe,
J'ouvre les yeux sur mon malheur;
Tout me le dit, j'en voy la certitude,
Qui l'auroit crû que tant d'ingratitude
D'eût payer le beau feu qui regne dans mon coeur.

MÉDÉE
Souffrez-vous qu'on vous enleve
Ce cher objet de vos desirs.

ORONTE
Si cette trahson vous couste des soupirs,
Souffrirez-vous qu'elle s`acheve.

MÉDÉE
Quel plus sensible coup pouvoisje le"vou?

TOUS DEUX
Non, dans un cœur, Quand l'Amour est extrême,
Rien n'approche du desespoire
D'estre trahy par ce qu'on ayme.
Unissons nos ressentimonts
Contre ces perfides amans,
Que Jason à mes feux prefere la Princesse,
voeux ravisse Son crime ne peut s'épler.

MÉDÉE
Il vient, mon coeur s'émeut et reprend sa tendresse,
Elle en triomphera, laissez-moy luy parler.

 

SCENE 2

MEDÉE, JASON
Ritounrelle pour les Flules

MÉDÉE
Vous sçavez l'exil qu'on m'ordonne,
Venez vous me dire en quels lieux
Lorsque tout icy m'abandone,
Je dois fuïr le couroux des Dieux;
En vain j'iray par tout dans l'excez de ma peine,
De cet lnjuste arrest leur demander raison;
Les crimes que j'ay faits pour trop aymer Jason,
De l'Univers entier m'ont attué la haine;
La Thessouslie ume contre mes Jours
Colchos a rosolu mon trop juste supplice;
Le seul Jason me restoit pour secours,
Et ce Jason si cher permet qu'on me banninse.

JASON
Appellez-vous exil le triste éloigmement
Que l'honneur à souffrir m'engage,
J'en ressens le coup en amant,
J'en gemis, je m'en fais un rigoureux tourment;
Mais Je ne puis rien davantage:
Voulez-vous que Je quitte un Roy
Qui pour épargner vostre teste
Attend sans s'ebranier l'éclat de la tempeste
Qui remplit son peuple d'effroy?
Voyons finir la guerre, et le coup qui vous blesse
Pour un temps seulement nous aura separez.

MÉDÉE
Helas! pendant ce temps je connois ma foiblesse,
Que! ennuis vous me coûterez!
Je tache à vaincre les alarmes
Que me cause un soupçon jaloux;
Mais enfin mabré moy
Je sens coulter mes larmes,
Ingrat, m'abandonnez-vous ?

JASON
S'il faut de tout mon sang racheter vostre vie,
Je suis tout prest à le donner:
Parteger les malheurs dont elle est poursuivie,
Est ce là vous abandonner?

MÉDÉE
Rien ne m'est plus doux que de croire
Tout l'amour que vous me jurez;
Il fait mon bonheur et ma g1oire;
Mais je parts et vous demeurez.

JASON
Je demeure il est vray; mais quand on nous separe
Vous n'avez rien à redouter,
Partez, les vains efforts que l'emmemy prepare
Ne pourront longtemps m'arrester.

MÉDÉE
Il faut donc me resoudre à ce départ funeste,
Soutenez une guerre ou vous serez vainqueur;
Mais, conservez-moy vostre cœur,
C'est l'unique bien qui me reste,
Je ne m'en repens point, pour m'attacher à vous,
J'ay quité mon pays, abudonné mon pere,
On m'exile, et l'exil ne peut m'estre que doux,
S'il asseure à Jason la gloire qu'il espere.

JASON
Ah! c'est m'en due trop, cessez de m'attendrir,
Je ne me connois plus dans ce trouble temble.

MÉDÉE
J'y consens, je veux bien estre seule à souffrir,
Un Heros ne doit pas avoir l'ame sensible.

JASON
Je vous l'ay déja dit, je sens tous vos malheurs,
Ce qu'a fait vostre amour, gravé dans ma memoire.
Adieu, je ne puis plus soûtenu vos douleurs,
Et je dois me cacher vos pleurs
Si je veux en sauver ma gloire.

 

SCENE 3

MÉDÉE
seule
Quel prix de mon amour, quel fruit do mes forfaits,
Il craint des pleurs qu'il m'oblige à repandre
Insensible au feu le plus tendre
Qu'on ait veu s'allumer jamais;
Quand mes soupirs peuvent suspendre
L'injustice de ses projets;
Il fuit pour ne pas les entendre.
J'ay forcé devant lay cent monstres à se rendre
Dans mon crœur où regnoit une tranquille pais
Toujours prompte à tout entreprendre
J'ay scou de la natwo effacor tous les traits,
Les mouvements du sang ont voulu me surprendre
J'ay fait gloire de m'en deffendre,
Et l'oubly des serments que cent fois il m'a faits;
L'engagement nouveau que l'amour luy fait prendre,
L'éloignement, l'exil, font les tristes effets
De l'hommage eternel que j'en devois attendre
Quel prix de amour, quel fruit de mes forfaits!

 

SCENE IV
MÉDÉE, NÉRINE

MÉDÉE
Croiras-tu mon malheur? helas! Jason luy-mesme,
L'infedelle Jason me presse de partir.

NÉRINE
Ah! gardez-vour d'y consentir,
Arcas sçait son secret, il m'ayme,
Et de sa perfidie vient de m'avertir,
Son hymen avec ta Princesse par le Roy même est arresté.
Et vostre exil n'est qu'une addresse
Pour mettre contre vous ses jours en seureté.

MÉDÉE
Dieux témoins de la foy que l'ingrat m'a donnée,
Souffrirez-vous cet hymenée.
Prélude
C'en est fait, on m'y force, il faut briser les nœuds
Qu' m attachent a ce perfide;
Puisque mon desespoir n'a rien qui l'intimide,
Voyons quel doux succez suivra ses nouveaux feux.
A qui cherche ma mort je puis estre barbare,
La vengeance doit seul occuper tous mes soins.
Faisons tomber sur luy les maux qu'on me prepere,
Et que le crime nous separe,
Comme li crime nous a joints.

NÉRINE
Avant que d'éclater, rappelez dans son ame
Le souvenir de sa première flâme.

MÉDÉE
Malgré sa noire trahison,
Je sens que ma tendresse est toûjours la plus forte:
Mais Corinthe, le Roy, la Princesse, Jason,
Tout doit trembler si je m'emporte.
N'en deliberons plus;
Vous qui m'obeissez,
Esprits à me plaire empressez,
Volez, apportez-moy cette robe fatale
Que je destine a ma Rivale.
Il partoît icy des Esprits en l'air qui disparoissent aussitôt
Des poisons que j'y veux verser
Je suspendray la violence,
Et Je ne les feray senir à ma vengeance
Que quand je m'y verray forcer.

NÉRINE
De la pitié vous pourrez vow deffendre,
En punissant Jason craignez de vous punir.

MÉDÉE
Retire-toy, tes yeux me pourroient soûtenir
L'horreur qu'icy je vais repandre.

 

SCENE 5


MÉDÉE
Prélude

MÉDÉE
Notres filles du Styx,
Divinitez tembles,
Quittez vos affreuses prisons.

 

SCENE 6

MÉDÉE
Venez mesler à mes poisons
La dévorante ardeur de vos feux invisibles.
Il paroît tout à coup une Troupe de Demons.

LA JALOUSIE et LA VENGEANCE
L'Enfer obeit à ta voix,
Commande a va suivre tes loix.

MÉDÉE
Punissons d'un ingrat la perfidie extresme,
Qu'il souffre, s'il se peut, cent tourments à la fois
En voyant souffrir ce qu'il aime.

LA JALOUSIE et LA VENGEANCE
L'Enfer obeit à ta voix
Commande il va suivre tes loix.

 

Les Demons Aëriens apportent la Robe.

 

SCENE 7

MÉDÉE
Je voy le Don fatal qu'exige ma Rivale,
Pour le rendre funeste il est temps, faisons choix
Des sucs les plus mortels de la Rive infernale.

LA JALOUSIE et LA VENGEANCE
L'Enfer obeit à ta voix,
Commande il va suivre tes loix.
Premier Air pour les Demons

Les Demons apportent une Chaudiere infernale, dans laquelle ils jettent les herbes qui doivent composer le poison, dont Médée a besoin pour empoisonner la robe.

MÉDÉE
Dieu du Cocyte et des Royaumes sombres,
Roy des pâles ombres,
Sois attentif à mes enchantements.
Pour m'asswer qu'Hecatc m'est propice,
Que l'Avene fremisse,
Et fasse tout trembler par ses mugissements.
On entend un bruit souterrain.
L'Enfer m'a répondu, ma victoire est certaine.
Naissez, monstres, naissez, tous mes charmes sont faits.
Du funeste poison par une mort soudaine
Faites-nous voir les prompts effets.

CHŒUR
Naissez, monstres, naissez, tous les charmes sont faits,
Du funeste poison par une mort soudaine
Faites-nous voir les prompts effets.
Pendant ce chœur les Monstres naissent, et après que les Demons ont réprendu
du poison de la Chaudière sur eux,
ils languisent et meurent.
Tout répond à nostre envie,
Les monstres perdent la vie.
Médée prend du poison dans la Chaudière, et le répand sur la robe.
Seconde Entrée des Demons

LA JALOUSIE et LA VENGEANCE
Non, non, les plus heureux amants,
Après une longue esperance,
N'ont des plaisirs qu'en apparence,
En voulez-vous de charmants?
Cherchez-les dans la vengeance.

CHŒUR
Non; non, les plus heureux amants,
Après une longue esperance,
N'ont des plaisirs qu en apparence,
En voulez-vous de charmants?
Cherchez-les dans la vengeance.

MÉDÉE
Vous avez servy mon courroux,
C'est assez, retirons-nous.

Médée emporte la robe et les Demons disparoissent.

Interméde

 

 

Act IV



Le théâtre represente l'avant-cour d'un Palais, et un jardin magnifique dans le fonds.

 

SCENE 1
Prélude
JASON, CLEONE

CLEONE
Jamais on ne l'a vit si belle.
La Robe de Médée augmente ses appas,
Et dans l'éclat qu'elle répand surt elle,
Il faut estre sans yeux
Pout ne l'admner pas.

JASON
A peine dans ses mains cette Robe estre mise,
Et déja la Princesse a voulu s'en parer.

CLÉONE
L'agrément qu'elle en squt tirer,
Vour causera de le surprise,
Elle patout, voyez quel air de majesté,
Anime et soûtient sa beauté.

 

SCENE 2
CREUSE. JASQN, CLEONE

JASON
Ah ! que d'attraits ! que de graces nouvelles!
A voir ce vif éclat que mes yeux sont contents!
Des fleurs que produit le Printemps
Les couleurs ne sont pas si belles.
Ah ! que d'attraits! que de graces nouvelles!

CREUSE
Si j'ay quelques attraits assez vifs pour toucher
S'ils brillent plus qu'à l'ordinaire,
Cet avantage ne m'est cher
Que peu la gloire de vous plaire.

JASON
Quels feux brulants dans un cœur
Cette assurance fait naître:
N'ont-ils pas assez d'ardeur,
Et cherchez-vous à l'accroistre ?

CREUSE
Si cette ardeur peut s'augmenter,
Croyez-vous qu en vouloir borner la violence
Ce ne soit pas une offence
Capable de m'irriter?
D'un amour qui se ménage
Les cœurs tendres sont blessez,
Malgré les vœux empressez
Qul m'assûrent vôtre hommage,
Pouvant m'aimer davantage
Vous ne m'aimez pas assez.

JASON
Non, jamais tant d'amour, jamais flame si belle
N'embreza le cœur d'un amant.

CREUSE
C'est peu d'y vou un sort charmant,
Son ardeur doit estre eternelle.

JASON
Ah! j'en fais icy le serment
Puisse l'amour dans sa juste colere
Exercer contre moy sa plus grande rigueur,
Si jamais il trouve mon cœur
Detaché du soin de vous plaire.

ENSEMBLE
Puisse l'amour dans sa juste colere
Exercer contre moy sa plus grande rigueur,
Si jamais il trouve mon cœur
Detache du soin de vous plaire.

CREUSE
Icy finit à regret un entretien si doux,
Mais le Prince d'Argos s'avance,
Et son importune presence
Me force a l'eloigner de vous.

 

SCENE 3
Prélude


ORONTE, JASON

ORONTE
Sitost que je parois la Princesse vous quitte,
Mon amour s'en doit allarmer.

JASON
Elle connoist trop bien le prix du vray merite
Pour ne pas voir en vous ce qu'il faut admirer.

ORONTE
Quand sur un espoir legitime
On peut se flater d'estre heureux,
Pour satisfaire un cœur bien amoureux
Est-ce assez que de l'estime!

JASON
La Princesse a de quoy rendre vos feux constants,
Aymez, on obtient tout du temps.

ORONTE
Non, dans la froideur extrème
Je voy le refus de mon coeur,
Quelque Rival se cache elle est aimée, elle ayme,
Je pourrey découvrir ce trop heureux vainqueur;
Et mon bras disputant cette noble victoire,
Fera voir qui de nous en merrite la gloire.

JASON
L'Amour promet souvent plus qu'il ne peut tenir.

ORONTE
Jugez mieux d'un amant que le mépris outrage,
S'il forme une entreprise il sçait la soûtenir.

JASON
Vous sçavez à quels soins la querre icy m'engage,
Les troupes, qu'aujourd'huy fait assembler le Roy,
N'attendent plus que moy.

 

SCENE 4
MEDÉE, ORONTE, NÉRINE

ORONTE
Vos soupçons estoient vrays,
J'ay veu moy mesme l'iinexcusable trahison
Qui doit estre le prix de vostre amour extréme,
J'ay leu dans le cœeur de Jason,
Il seduit la Princesse, il l'ayme,
De tant de perfidie, ô Ciel, fais-nous raison.

MÉDÉE
Eût-il le Ciel à ses vœux favorable,
Ne craignez point cet Hymen odieux,
Au pouvoir de Médée il n'est rien de semblable
Elle asservit la terre,
Elle commande aux Cieux,
Je tiens la foudre suspenduë;
Mais si Créon ne cede pas,
Il verra quelle peine est deuë
A qui se fait le soûtien des ingrats.

ORONTE
Pardonnez à ma foiblesse,
L'amour a sceu m'engager,
Un Juste couroux vous presse.
Mais à ne rien ménager,
Le plaisir de vous vanger
Me rendra-t'il la Princesse?

MÉDÉE
Je me declare pour vous,
Jamais, quay que puissent faire les Dieux,
Créuse et son pere,
Jason n'en sera l'époux.
Laissez-moy seulement, dans ce que je medite,
J'ay besoin de calmer le trouble qui m'agite.

 

SCENE 5
MÉDÉE, NÉRINE

MEDÉE
D'où me vient cette horreur; est-ce à moy de trembler ?
Preste à punir la criminelle flâme
Qui cause les ennuis dont on m'ose accabler,
Puis-je me souvenir que je suis mere et femme?

NÉRINE
Ses yeux sont égarez! ses pas sont incertains!
Dieux! détournez ce que je crains.

MÉDÉE
Non, à la pitié je dois entre inflexible,
Jason méprisera mon desespoir jaloux,
Venez, fureur, je m'abandonne à vous.
Je prens une vengeance épouventable, horrible!
Mais pour voir son supplice égaler mon couroux,
C'est par l'endroit le plus sensible
Qu'il faut porter les derniers coups.

 

SCENE 6
CREON, MÉDÉE, NÉRINE:, Gardes

CREON
Vos adieux sont-ils futs? le murmure augmente,
C'est aigrir les esprits que de ne cedez pas,
D'un peuple qui vous faiut sortir de mes Estats
Craignons la freur insolente.

MÉDÉE
Je pars, et ne voux plus troubler votre repos.
Mais je dois tenir ma promesse,
Pour m'en voir délagee il faut que la Princesse
Epouse le Prince d Argos.
A ferrer ces beaux nœuds la gloire vous invite,
Pressez ce doux moment, l'Hymen fait, je vous quitte.

CREON
Quelle audace vous porte à me parler ainsi?
Vous, l'objet malheureux de tant de justes haines,
Ignorez-vous que je commande icy,
Et que mes volontez y seront souveraines,
C'est à moy soul de les regler.

MÉDÉE
Créon, sur ton pouvoir cesse de t'aveugler,
Tu prens une trompeuse idée
De te croire en état de me faire la loy,
Quand tu te vente d'estre Roy.
Souviens-toy que Je suis Médée.

CREON
Cet orgueil peut-il s'égaler?

MÉDÉE
Sur l'Hymen de ta fille il m'a plû de parler,
En vain mon audace t'étonne,
Plus puissante que toy dans tes propres Etats,
C'est moy qui le veux, qui l'ordonne,
Tremble si tu n'obeis pas.

CREON
Ah! c'est trop en souffrir,
Gardes, qu'on la saisisse.
Charge
Les Gardes vont pour saisir Médée, elle les touche de sa baguette, et en mesme temps ils tournent leurs Armes les uns contre les autres.

CREON
Que voy je? ah ! justes Dieux,
Par quel mouvement furieux
Voulou que par vos mains chacun de vous perisse.

MÉDÉE
Montre icy ta puissance à retenir leurs bras,
Sois Roy, si tu peux l'estre,
Et suspens leurs combats.

Charge

Créon veut s'avancer vers Médée et les Gardes l'environnent pour l'arrester.

CREON
Quoy, lâches, contre moy tous vos efforts s'unissent?

MÉDÉE
Je plains ton triste sort.
Tes sujets te trahissent;
Mais ne crains rien de leur emportement,
Pour le faire cesser, je ne veux qu un moment.

Elle fait un cercle en l'air avec sa Baguette, et aussitôt on voit des Fantômes sous la figure de Femmes agreables.

 

SCENE 7
CREON, MÉDÉE
Fantomes et Gardes du Roy

MÉDEE
Objets agreables,
Fantômes aimables,
Appaisez les fureurs
De ces farouches cœurs.

PremierAir pour les Fantômes

Entrée des Fantômes

UN FANTOME
Aprés de mortelles allarmes,
Qu'un heureux calme semble doux!

CHŒUR DES FANTOMES
Aprés de mortelles allames,
Qu'un heureux calme semble doux!

UN FANTOME
Cœurs agitez d'un vain couroux,
Cedez, rendez-vous à nos charmes,
Ou prendrez-vous des armes
Qui tiennent contre nous ?

CHŒUR DES FANTOMES
Cœurs agitez d'un vain couroux,
Cedez, rendez-vous à nos charmes,
Ou prendrez-vous des armes
Qui tiennent contre nous?

CREON
Par quel prodige à moy-même contraire
En voyant ces objets n'a-y-je plus de colere.

FANTOMES
Tout ressent le pouvoir
Du plaisir de vous voir,
Une ame de glace
S'en laisse émouvoir,
Et quoy que l'on fasse
Le chagrin le plus noir
Luy doit ceder la place.

La Fantomes disparoissent, et les Gardes charmez de leur beauté abandonnent le Roy pour les suivre.

 

SCENE 8
MÉDÉE, CREON, NÉRINE

MÉDÉE
Mon pouvoir t'est connu, j'ay mis ta garde en fuite
Pour te forcer à l'hymen que je veux,
Mon art fecondera mes vœux,
J'ay commencé, crains-en ta suite.

CREON
Quoy l'on viendra me braver dans ma Cour ?
Perisse tout plûtost que je l'endure,
Vostre sang odieux lavera mon ingure,
Ou les Dieux m'osteront le jour.

MEDÉE
D'un indigne mépris c'est trop souffrir l'outrage;
Viens fureur, c'est à toy d'achever mon ouvrage.

La Fureur paroist avec son flambeau et passe par devant Créon.

 

SCENE 9

CREON
seul
Noires divinitez, que voulez-vous de moy?
Impitoyables Eumeindes
Vous faut-il le sang des perfides
Qui n'ont pas respecté leur Roy?
Mais, où suis-je? D'où vient tout à coup ce silence?
Le Ciel s'arme de feux,
Ah! c'est pour ma vengeance,
Courons, n'épargnons rien, que d'horribles éclats!
Où veux-je aller! Tout tremble sous mes pas,
Tout s'abisme, la terre s'ouvre!
Dans ses gouffres profonds quels monstres je découvre!
Ils saistssent Médée! ah! ne va quittez pas.
Les sombres flots du Styx n'ont rien qui m'épouvante:
Pour la voir condamner aux plus affreux tourments,
Je vais apprendre à Radamante
Jusqu'ou va la noirceur de ses enchantements.

Intermède

 

 

Act V



Le Théâtre represente le Palais de Médée

SCENE 1
MEDÉE, NÉRINE

NÉRINE
On ne peut sans effroy soûtenir sa presence,
Il court de toutes puts menaçant, furieux
Dans ce funeste état tout ce qu'il voit l'offence.
La Princesse elle seule en s'offrant à ses yeux
Semble de sa fureur calmer la violence
Il s'arreste,
Il soupire, et garde un lonf silence.

MÉDÉE
Et que dit son heuueux Amant?

NÉRINE
Jason ignore encor ce triste évenement,
Occupe par les soins que la guerre demande
Il range avec nos Chefs les troupes qu'il commande.

MÉDÉE
Que d'horreurs! que de maux suivront sa trahison,
C'est luy seul qui les cause, il m'en fera raison,
Vangeans-nous,
Ma fureur, à tant de Roys fatale
A t'elle assez de ma Rivale?
Non, s'il ose garder ses sentiments ingrats,
Si toujours il perd la memoire
De ce que j'ay fait pour sa gloire,
Il une ses enfans,
Ne les épargnons pas.
Ah. trop barbare mere,
Quel crime ont-ils commis pour leur percer le sein?
Nature, tu parles en vain,
Leur crime est assez grand d'avoir Jason pour pere;
Quel desespoir m'aveugle et m'emporte contre eux,
Leur âge permet-il cet affreux parricide?
Et sont-ils criminels pouu estre malheuueux ?
Quoy ? je craindray de punir un perfide
De ses vœux triomphans ma mort seroit l'effet.
Oubitons l'innocence, et voyons le forfait.
Une indigne pitié me les fut reconnoistre,
C'est mon sang, il est vray, mais c'est le sang d'un traistre,
Puis-je trop acheter en les fusant perir,
La douceur de les vou souffrir?

 

SCENE 2
CREUSE, MÉDÉE, NÉRINE

CREUSE
Si la pitié vous peut trouver sensible,
Voyez une Princesse en pleurs,
Qui vient vous demander la fin de ses malheurs,
A vostre Art rien n'est impossible.
Pour garantir l'Estat des maux que je prevoy,
Si la pitié vour peut trouver sensible,
Appaisez la fureur du Roy.

MÉDÉE
Si vous voulez obtenir ce miracle,
C'est au Prince d'Argos qu'il faut vous adresser
Par son Hymen vos maux doivent cesser,
Vos desirs n'auront point d'obstacle,
Mais je veux qu'en ce mesme jour,
En recevant sa foy, vous payez son amour.

CREUSE
Sur cet Hymen quel party dois-je prendre?
Quand d'un pere et d'un Roy le Ciel m'a fut dépendre.

MÉDÉE
J'ay parlé, c'est assez,
Ne cherchez plus en moy
Le pouvoir d'un pere et d'un Roy.

CREUSE
Pourquoy precipiter un dessein?

MÉDÉE
Point d'excuse,
Du trouble où je vous mets, je comnois la raison,
Quand au Prince d'Argos vostre cœur se refuse,
Il veut se garder à Jason.

CREUSE
Se garder à Jason?

MÉDÉE
Je sçay sa perfidie,
En luy vous aviez un amant.
Mais on offence pas Médée impunement,
D'une entreprise si hardie
L'Univers entonné verra le châtiment.

CREUSE
Ah! reprenez Jason, et me rendez mon pere,
Que Jason parte et au'il fuye avec vous.

MÉDÉE
Non, de ma main vous prendrez un Epoux,
Ce seul moyen peut salisfaire
Les transports de mon cœur jaloux.

CHŒUR DE CORINTHIENS
qu'on ne voit pas
Ah! funeste revers, fortume impitoyable !
Corinthe helas! que vas-tu devenir.

CREUSE
Que ce grand bruit m'est redoutable

CHOEUR
Dieux cruels est-ce ainsi que vostre haine accable
Ceux que vous devez soûtenir.

 

SCENE 3
CREUSE, MEDÉE, NÉRINE,
CLEONE Choeur de Corinthien

CREUSE
à Cléone
Venez, parlez, qu'avez-vous à m'apprendre ?
Je voy vos yeux baignez de pleurs.

CLEONE
Je viens vous annoncer le plus grand des malheurs,
Le Roy ne respiroit que du sang à répandre,
Quand voyant le Prince d'Argos
Il a paru plus en repos,
Sa fureur sembloit dissipée;
Mais dans le temps qu'on n'a rien redouté
De sa fausse tranquillité,
De ce malheureux Prince il a saisi l'épee,
Et luy perçant le fianc son bras nous à fait voir
Ce que peut un prompt desespoir.

CREUSE
Helas!

CLEONE
Dans ce malheur extrême
Chacun s'est emmessé de luy prester secours,
Le Roy dans cet instant a terminé ses jours
Du mesme fer il s'est percé luy-mesme,
Ah! s'est-il escrié, le Ciel l'a donc permis,
J'ay vaincu tous mes Ennemis.

CHOEUR DE CORINTHIENS
Ah! funeste revers, fortune impitoyable!
Corinthe, helas! que vas-tu devenir?
Dieux cruels est ce ainsi que vostre haine accable
Ceux que vous devez soûtenir?
Refusons nôtre encens, nôtre hommge
A ces Dieux inhumains,
Tous nos respects sont vains,
Nos maIheheurs sont leur injuste ouvrage.

CREUSE
C'est assez, laissez-moy, vos pleurs ne font qu'aigir
Les maux que je me dois preparer à souffrir.

 

SCENE 4
NEDEE, CREUSE, NÉRINE, CLEONE

CREUSE

Hé bien bubare, estes-vous satisfaite?
Par de plus grands forfaits voulez-vous meriter
Le detestable honneur de faire redouter
Le pouvoir que l'enfer vous préte ?

MÉDÉE
Un peu de sang Versé vous met-il en courroux?
Si c'est pour vos regards un spectacle funeste,
Le cœur de Jason qui vous reste
Pour vous en consoler est un prix assez doux.

CREUSE
Ah! si j'ay sur luy quelque empire,
Craignez vous punir la dernière rigueur,
Je ne m'en serviray que pour mettre en son cœur
Toute la haine que m'inspire
Ce que pour vous je sens d'horreur.

MÉDÉE
Oue peuvent contre moy ces desseins de vengance ?
Quelis effets en seront produits?
Puisque vous ignorez jusqu'où va ma piussance,
Connoissez tout ce que je suis.

Médée touche Créuse de ra baguette et s'en va.

 

SCENE 5
CREUSE, CLEONE

CREUSE
Quel feu dans mes veines s'allume!
Quel poison dont l'ardeur tout à coup me consume,
Des cette Robe estoit caché,
Soûtenez moy, je n'en puis plus, je tremble,
Je brusle, sur mon corps un brazier attaché
Me fait souffrir mille tourmens ensemble,
Mon mal est sans remede, à quoy servent ces pleurs?
Rien ne pout soulager l'excez de mes douleurs.

 

SCENE 6
JASQN, CREUSE, CLEONE

JASON
Ah! Roy trop malheureux!
Mais, à Ciel! la Princesse paroist mourante entre vos bras,
Qui la met dans cette foiblesse?

CREUSE
Approchez-vous, Jason, ne m'abandonnez pas,
Mon pere est mort, je vais mourir moy-mesme,
Je peris par les traits que Médée a formez,
Mille poisons dans sa robe enfermez,
Parune violence extrême
Vous oste ce que vous aimez.
Ce que j'endure est incroyable,
Maus au moins j'au de quoy rendre graces aux Dieux,
Que sa fureur impitoyable
Me laisse la douceur de mourir à vos yeux.

JASON
Appellez-vous douceur un effet de la rage?
De cet affreux spectacle elle a sceu la rigeur,
Pouvoit-elle mettre en usage
Un sumplice plus propre à m'arracher le cœur.

TOUS DEUX
Helas! prests d'estro unis par les plus douces chaînes,
Faut-il nous voir seperer à jamais?

CREUSE
Peut on nen ajouter à l'excés de ma peine?
Mais déja de la mort les horruers me saisistent,
Je perds la voix,
Mes forces s'affoiblissent,
C'en est fut, j'expire, je meurs.
On emporte Creuse.

 

SCENE 7

JASON
seul
Elle est morte et je vis, courons à la vengeance,
Pour estre en liberte de renoncer au jour,
La perte de Médée est deüe à mon amour,
Quel supplice assez grand peut expier l'offence?
Mais par quel effet de son Art.

 

SCENE 8
MÉDÉE, JASON

MÉDÉE
Médée en l'air sur un Dragon
C'est peu pour contenter la doleur qui te presse
D'avoir à venger la Princesse,
Vange encor tes Enfans,
Ce funestte Poignard les a ravis à la tendresse.

JASON
Ab! barbare!

MÉDÉE
Infdelle, après ta trehison
Ay-je dû voir mes fils dans les fils de Jason.

JASON
Ne croy pas échapper au transport qui m'anime,
Pour te punir j'iray jusqu'aux Enfers.

MÉDÉE
Ton desespou choisit mal sa victime,
Que pourra-t'il, puisque les Airs,
Sont pout moy es chemins ouverts ?

JASON
Ah! le ciel qui toûjours protagea l'iinnocence...

MÉDÉE
Adieu Jason, j'ay remply ma vengeance,
Voyent Corinthe en feu ces Palais embrazez,
Pleure à jamais les maux que ta flâme a causez.

 

Médée fend les Airs sur son Dragon, et en mesme temps les Statues et autres ornemens du Palais se brisent On voli sortir des Demons de tous côlez, qui ayant des feux à la main embrasent ce mesme Palais. Ces Demons disparoissent, une nuit se forme, et cet édifice ne paroist plus que ruine er monstres, après quay il tombe une pluye de feu.

 

FIN