Libretto list

Orphée aux enfers Libretto

Orphée aux Enfers



Opéra-féerie in 4 acts
Libretto: Hector Crémieux et Ludovic Halvéy
Music by Jacques Offenbach


L'Opinion publique, soprano
Un Licteur, tenor
Eurydice, soprano
Ophée, tenor
Aristée-Pluton, tenor
Vénus, soprano
Cupidon, mezzo soprano
Mars, baritone
Jupiter, baritone
Diane, soprano
Junon, soprano
Mercure, tenor
John Styx, tenor
Minos, tenor
Eaque, tenor
Rhadamante, baritone



Ouverture
La campagne aux environs de Thêbes
(Au fond des blés et des bleuets
A gauche au premier plan la cabane d`Aristée surmontée
de cette enseigne: "Aristée, fabricant de miel, gros et détail,
dépôt au Mont Hymene…"
A droite, uu premier plan, la cabane d`Orphée
avec cette inscription: "Orphee, directeur de l'orphéon
de Thèbes, leçons au mois et au cachet "
Des sentiers travenient les blés et conduisent à  un temple
placé sur une petite colline au troiséme plan
à  gauche ce plan est praticable.
Au lever du le rideau le théâtre est vide:
des bergers et des bergères entrent par la gauche.)


N°1 CHÅ'UR DES BERGERS
ET SCENE DU CONSEIL MUNICIPAL

LES BERGÉRES
Voici la douzième heure que chacun retourne en sa demeure
Allons, rentrons nos blancs moutons.
LES BERGERS
Voici la douzième heure, retournons en notre demeure
Allons, rentrons nos blancs moutons
UN LICTEUR
Place, place au conseil municipal qui casse, qui passe.
TOUS
Place, place!

(Entrée du conseil municipal)
LE CONSEIL
Conseil municipal de la ville de Thébes,
nous sommes les gardiens du bonheur pastoral,
nous soignons les enfants, dirigeons les éphèbes,
bref, nous sommes un bon conseil municipal.
LE CHÅ'UR
Honneur, honneur à  nos doyens !
Honneur, honneur à  nos anciens !
LE CONSEIL
Merci merci mes chers entants,
vos anciens de vous sont contents.
LE CHÅ'UR
Honneur, honneur à  nos doyens !
Honneur, honneur à  nos anciens !
LE CONSEIL
Vos anciens de vous etc
(L'Opinion Publuque paraît précède de licteurs.. )
Elle est armée d'un fouet!
UN LICTEUR
(annonçent)
L'Opinion Publique !
L'OPINION PUBLIQUE
(sur une mélodée)
Qui je suis ? Du théâtre antique j'ai perfictinné le chÅ“ur;
je suis l'Opinion Publique, un parsonnage srymbolque,
ce qu'on appelle un raisonneur.
La chœur antique an confidance se chargeait
d'expliquer aux gens ce qu'ils avaient compris d'avance
quand ils étaient intelligents,
Moi, je fais mieux: j'agis moi­même, et, prenant part à  l'action,
de la palme ou de l'anathème je fais la distribution.
Que prenne garde à  moi la femme qui voudrait tromper son époux,
et que se garde aussi l'époux qui ferait des traits à  sa femme !
C'est aux Personnages du drame que je parle, rassurez­vous !
Voici venir notre Eurydice ja pars… mais je suis toujours là ,
prêt à  sortir de la coulisse comme un Deus ex machina.
(L'Opinion Publique suive de lout son cortège
remonte vers le temple.
Les veillards l'accompagnent en reprenant le chœur.
Les bergers sortent par les côtés. Le théâtre reste vide.
Seule, au mileu des blés, on aperçoit Eurydice
qui cueille des fleurs et en fait une guirlande.)

N° 2 COUPLETS DU BERGER JOLI


EURYDICE
La femme dont le cteur reve n'a pas de sommeil:
chaque jour elle x leve avec le soleil.
Le matin de fleurs plus belles les prés sont brodes.
Mais ces fleurs pour qui sont­elles ?
Vous le demandez ? Vous le demandez ?
Pour qui ? Ah ! ah ! ah ! ah !
N'en dites rien à  mon mari,
Car c'est pour le berger joli qui loge ici.
(Elle s'approchre avec inquiétude de la cabane d'Aristée
et suspend à  sa porte une guirlande)
Chaque jour ainsi j'apporte au berger galant de beaux bleuets,
qu'à  sa porte j'accroche en tremblant,
et mon pauvre cÅ“eur palpite à  bonds saccadés;
pour qui donc bat­il si vite ?
Vous le demandez ? Vous le demandez ?
Pour qui? Ah ! ah ! ah ! ah !
N'en dites rien à  mon mari, car c'est pour le berger joli qui loge ici.

(Elle entr'ouvre le porte de la cabane
et regarde un innant a l'interieur pendant ce temps,
Orphée paraît à  gauche, trenant à  la main son violon.
Eurydice prend le reste des fleurs qu'elle tient dans sa robe
et les jeette dans la cabane.)
ORPHÉE
Que vois­je? N'est­ce pas la nymphe Maquita,
la belle nymphe que j'adore? Seule?…
Revélons ma présence par ce trait qu'elle aime tant!
(Il joue une phrase passionnée sur son violin.)
Eurydice se retourne!
EURYDICE
Mon mari!
ORPHÉE
Ma femme!… Imbecile!… Depéchons­nous de crier avant elle!…
Ah ! je vous y prends, Madame…
A qui donc jetiez­vous ces fleurs, s'il vous plaît?
EURYDICE
Ces fleurs? Au vent! Et vous mon tendre ami,
à  qui jetiez vous ce chant passionne de votre… crin­crin?
ORPHÉE
Mon violon!… Ne touchez pas à  cette corde, Madame!
EURYDICE
Il m'ennuie comme vos vers votre violon!…
Allez charmer de ses sons les bergères
de troisième ordres dont vous raffolez.
Quant à  moi, j'aime aujourd'hui ce berger, il m'aime,
rien ne me séparera d'Aristée!

N° 3. DUO DU CONCERTO


ORPHÉE
Ah! c'est ainsi!
EURYDICE
Oui, mon ami.
ORPHÉE
Tu me trompes comme mari?
EURYDICE
Oui, mon ami!
ORPHÉE
Tu me dédaignes comme artiste?
EURYDICE
Oui, mon ami!
ORPHÉE
Tu n'aimese pas le violoniste?
EURYDICE
Non, mon ami,
Le violoniste me paraît triste; l'insturmeniste est assommant,
et l'instrument me déplaît souverainement.
ORPHÉE
Ah! de ton insolence je dois tirer vengeance!
EURYDICE
Et comment, je vous prie?
ORPHÉE
Je vais ma tendre amie vous jouer aussitôt
une Å“uvre de génie, mon dernier concerto!
EURYDICE
Grâce, grace, je t'en supplie!

ORPHÉE
Non, non, pas de retard, c'est le comble de l'art,
il dure une heure un quart!

EURYDICE
Miséricorde, une heure un quart!

ORPHÉE
Une heure un quart, c'est le comble de l'art.
EURYDICE
Je n'écouterai pas.
ORPHÉE
Si, tu m'écouteras!
EURYDICE
Non, non, non, non, non!
(Orphée joue sur son violon)
Grâce, grâce, ah!
C'est déplorable, c'est effroyable,
c'est assommant, c'est irntant!
ORPHÉE
C'est adorable, c'est délectable,
c'est ravissant, c'est entrainant,
Ah! c'est charmant, c'est ravissant!
Ecoutez encore ce motif, langoureux, expressif!
EURYDICE
La, la, la, la, la!
C'est assommant, c'est irritant!
La la la, la, la!
Non, je ne veux rbn entendre.
ORPHÉE
Ah ! c'est doux, ah ! c'est tendre!
EURYDICE
Non, non, non, non, c'est horrible, c'est terrible!
ORPHÉE
Quel trémolo!
Presto, presto!
Largo, largo!
Pizzicato, pizzicato!
Presto, presto!
Amoroso! Agitato!
EURYDICE
C'est terrible, c'est terrible!
Ah! Seigneur, quel supplice!
C'est fini, le vorià  parti!
O Vénus, sois­moi propice, délivre­moi de mon mari.
A la bonne heure! Séparons­nous donc!
ORPHÉE
Je le ferais de bon cœur se cela ne devait
pas nuire a ma considération.
Je suis esclave de l'opinion publique j'ai besoin du monde,
je ne veux pas le heurter.
Mais je me suis mis en tête
de pourfendre chacun de vos adorateurs.
EURYDICE
(riant)
Avec votre archet?
ORPHÉE
Non, Madame, je crois enutile de vous apprendre le moyen
que j'ai choisi pour attraper le maraudeur.
EURYDICE
Le maraudeur!
ORPHÉE
Oui... cet espèce de berger d'aventure.
EURYDICE
Aristée?
ORPHÉE
Précisément ! Eh bien, qu'il vous suffise de savoir ceci:
je ne lui conseille pas de continuer à  folâtrer dans les blés que voilà !
EURYDICE
Et qui l'en empêchera?
ORPHÉE
Oui?... Certaine petite surprise que j'ai semée
à  son intention dans ces blonds épis.

(Il sort.)
EURYDICE
Que veut­il dire avec sa surprise? Et ses blonds épis ?
C est que ce vilain homme est capable de tout…
Quelque piège peut­être! Courons au­devant d'Aristée!…
Les autres. Cela m'est égal, mais lui. Courons!

(Elle sort à  gauche. Le théâtre se remplit de bergers
et de bergères qui dansent un ballet pastoral.
Après le ballet, on entend le son d'un chalumeau
et tous les bergers s'arrêtent suivant des yeux Aristée
qui descend la colline.)


N° 4. BALLET PASTORAL
N° 5 CHANSON D'ARISTEE


ARISTÉE
Moi; je suis Aristée, un berger d'Arcadie,
un fabricant de miel, ivre de mélodie,
sachant se contenter des plaisers innocents
que les dieux ont permis â l'habitant des champs.
Voir voltiger sous les treilles entre terre
et ciel les essaims de mes abeilles butinant leur miel,
voir le lever de l'aurore et chaque matin se dire
je veux encore le revoir demain.
Voilà  la fête d'une ame honnète,
le vrai bonheur d'un tendre coeur.
Ah! Voir bondir dans la plaine les petits moutons,
accrochant leur blanche laine â tous les buissons,
voir sommeiller la bergère tandis qu'à  pas lents,
le berger qu'elle préfère vient et la surprend!
Voilà  la fête d'une âme honnête,
le vrai bonheur d'un tendre cœur Ah!
(Il regarde avec précaution aviour de lui.)
Voilâ ! Voilâ ce que je dis pour inspirer de la confiance !
Oui, je chante les petits moutons, mais si vous saviez qui je suis en réalité,
et quels projets infernaux je médite! Je vous dirai cela tout à  l'heure.

(Les bergers se retirent)
N° 5 bis. SORTIE DES BERGERS
(Eurydice s'approche)
Voici la tendre Eurydice! N'avons pas l'air d'avoir passé dans les blés!

(Il remonte.)
EURYDICE
(entrant)
Ah! Le voici ! J'arrive à  temps ! Aristée, mon beau berger,
prends garde ! Ne bouge pas!
ARISTÉE
Comment, ne bouge pas!

(Il fait un pas vers les blés.)
EURYDICE
Aristée! Au nom de mon amour, n'approche pas!
ARISTÉE
Comment?
EURYDICE
Mon mari sait tout! Il nous aura espionnés!
Et il a semé des serpents dans ces blés,
témoins ordinaires de nos innocentes amours…

ARISTÉE
(à  part)
Est­il bête, l'animal!
Il veut me surprendre et il me fast prévener!
Réparons sa maladresse…
(haut)
Allons donc !
Regarde comme je me moque de ses reptiles! Regarde!

(Il trottine dans les blés.)
EURYDICE
Aristée ! Ton amour et ton courage t'emportent! Aristée!
Tu cours â la Mort!
ARISTÉE
Il n'y a pas de danger!
EURYDICE
Eh bien, alors, je veux mourir avec toi!
ARISTÉE

(à  part)
Allons donc!

(Ils marchent dans les blés, à  la rencontre l'un de l'autre,
Eurydice s'arrête tout à  coup, un pied en l'aid.)
N° 5 ter MÉLODRAME
EURYDICE
Aie!
ARISTÉE
Crac! Çà  y est!
EURYDICE
Je suis mordue!…

ARISTÉE
(tout bas)
Et plus que tu ne crois ! Complètement mordue!
(Il la prend dans ses bras et la dépose sur le banc, à  gauche.)
Maintenant, Pluton, redeviens toi-même! Une, deux, trois!
(Son costume de berger disparaît,
il est vêtu en dieu des enfers. Il s'adresse au public.)
Pas berger du tout ! Pluton, roi des Enfers !
Voilà  ce que le voulais vous dire tout a l'heure
Et maintenant, désorganisons les éléments!
(Il fait un signe de son bident. Tonnerre. La nuit arrive subitement.
Le décor prend une couleur sinistre. Orage.
Lorsque l'orage est fini, il ajoute)
Ici, uoila comment on désorganese les éléments.
EURYDICE
Dieux puissants ! Est­ce que le vais mourir?
ARISTÉE
Entrerement! Lasciate ogni speranza!

(Il rit d'un rire strident.)
EURYDICE
Et cependent, je ne souffre pas.
ARISTÉE
(bas)
Je t'expliquerai pourquoi.
EURYDICE
Ah ! c'est étrange
ARISTÉE
C'est logique!

N° 6 INVOCATION A LA MORT

EURYDICE
La mon m'apparait sourianie, qui vient me frapper près de toi,
Elle m'attire, elle me tente…
Mon, je t'appelle, emporte moi!
Mon ton ivresse me penètre, ton froid ne me fait pas souffrir,
il semble que je vais renaître, oui, renaitre au bau de mourir!
ARISTÉE
(lui tâtant le pouls)
Ça y est! Une larme, et partons! Ah ! avant de partir,
abusons de notre divinité pour jeter un dernier défi au mari!

N° 6 bis MELODRAME
(Aristée étent son bident sur la tête d'Eurydice qui se reveille
et se dresse comme dominée. Il lui donne et bident
et montrent du geste la cabane d'Orphée)
Voilà  une plume et tout ce qu'il faut pout ecrire!
(Eurydice écrit sur la porte ces quatre vers
qui se tracent en lettres de feu.)
EURYDICE
Je quitte la maison parce que je suis morte
Aristée est Pluton et le diable m'emporte!
ARISTÉE
La rime n'est pas riche mais la richesse ne fait pas le bonheur!

(Armé de son bident, i1 fascine Eurydice
et la force à  gagner le milieu du théâtre où elle s'agenouille.)
Le fakir! Le vrai fakir! J'en fais ce que je veux !
Et maintenant, aux sombres bords!
(Ils disparaîssent tous deux dans une trappe
Orphée rentre par la droite.
Il gagne sa maison et sur le point d'entrer s'arrête
frappé par l'inscription.)
ORPHÉE
Que vois­je ? L'écriture de ma femme!
(lisant)
Je quitte la maison parce que je suis morte,
Aristée est Pluton et le diable m'emporte!
Comment, elle est… Oh! Mais ce n'est pas possible!
(Il entre dans sa cabane et en resort immédiatement.)
Mais si! Elle est bien morte, pius'elle le dit elle-même!…
Ah! merci, merci, Jupin!

N° 7 FINAL


ORPHÉE
Libre! ô bonheur ! ô joie extreme!
Courons conter le fait à  la nymphe que j'aime!

ENSEMBLE
LE CHÅ'UR
ORPHÉE
(en coulisse)
Anathème, anathème, sur celui qui sans pitie,
anathème, anathème, refuse une larme même à  sa moitié.
Etranges cris ! Encore ces voix!
De tous les côtés à  la fois!
Quel phénomène d'acoustique!
LE CHÅ'UR
Anathème, etc.

(Orphée épredu traverse les blés
et gravit le sentier qui mène au temple.
Les portes du temple s'ouvert et laissent voir l'Opinion Publique.
Elle descend, suivre de son cortège et du Conseil Municipal.)
ORPHÉE
Ciel! l'Opinlon Publique qui me poursuit déjà !
LE CHÅ'UR
Ciel! l'Opinion Publique qu'le poursuit déjà !
L'OPINION PUBLIQUE
C'est l'Opinion Publique qui proclame qu'elle sait
qui peut dans un sentier oblique saisir la trace d'un forait,
qui dit à  la main sacrilège dans le blé tu semas le piège!
Halte là ! Çà  n'peut pas s'passer, non, ça n'peut pas s'passer comm'ça!
LE CHÅ'UR
Halte la! Ça n'peut pas s'passer, non, ça n'peut pas s'passer comm'çà !
L'OPINION PUBLIQUE
Epoux indigne, ma colére te suivra de toutes façons,
je veux te mettre en la misere, te faire perdre tes hçons
et du crépuscule à  l'aurore troublant tes nuits, crier encore
Halte là  ! etc
LE CHÅ'UR
Halte là ! Etc
L'OPINION PUBLIQUE
Viens! à  l'Opinion c'est en vain qu'on résiste!
LE CHÅ'UR
Pars! À l'Opinion c'est en vain qu'on résiste!
ORPHÉE
Grâce!
L'OPINION PUBLIQUE
Pour te soustraire à  ma sevéité et pour senvir d'exemple
à  la postérité, un seul moyen te reste!
ORPHÉE
Et lequel, dis?
L'OPINION PUBLIQUE
Bédame, c'est de courir après ta temme!
ORPHÉE
Mais ne je l'aime pas!
L'OPINION PUBLIQUE
L'exemple à  tous yeux n'en sera que plus glorieux!
ORPHÉE
Fut­il jamais un sort plus triste !
L'OPINION PUBLIQUE
Cours, cours apris ta femme!
LE CHÅ'UR
Cours, cours aprês ta femme!
ORPHÉE
A ton implacaùle voix il faut céder, je le vois.
Mais avant d'ètre l'époux, je suis orphéoniste,
à  mes élèves studieux permets qu'au moins je fasse mes adieux!
L'OPINION PUBLIQUE
C'est un bon sentiment, il ne peut que me plaire.
ORPHÉE
Dans un petit moment, j'aurai fait mon aflaire.
A moi, mes amis ! Ecoutez un peu!
Votre professeur veut vous dire adieu!
(Les élèves d'Orphée entrent et préludent sur leurs violons.)
Quelle attention délicate!
C'est ma dernière cantate!
L'OPINION PUBLIQUE
Ah! ces adieux sont vraiment touchants,
et ce sont là  de charmants enfants!
LE CHÅ'UR
Ces adieux sont vraiment touchants,
il avait là  de charmants enfants!
La la la la, etc.
ORPHÉE
Adieu, mes chers enfants, adieu jeunes élèves,
bs destins sont vraiment changeants,
je pars pour le pays des rêves on ne fait pas toujours
ce qu'on veut et voilà !
Quand vous vous marierez, vous comprendrez cela.
LES ENFANTS
Adieu, Maestro, partez donc presto!
Adieu, Maestro, le temps est très beau,
le temps est beau, n'allez pas là ­haut oublier Toto, Lolo ni Coco.
Oui, partez donc presto ! O grand Maestro!
ORPHÉE
Ah ! mes enfants, mes chers enfants!
LES ENFANTS
Adieu, Maestro, etc.
L'OPINION PUBLIQUE
Allons! c'est le moment!
Trêve a l'attendrissement!
ORPHÉE
C'est le moment!
LE CHÅ'UR et LES ENFANTS
C'est le moment!
L'OPINION PUBLIQUE
Viens! c'est l'honneur qui t'appelle, et l'honneur passe avant l'amour…
Viens! Je serai ton compagnon fidèle pendant l'aller et le retour!
TOUS
Va! C'est l'honneur qui t'appelle, et l'honneur passe avant l'amour…
Bénis donc le guide fidèle qui te suivra jusqu'au retour.
Va! C'est l'honneur, etc.

L'Olympe
(Le théâtre est dans l'obscurité.
Les dieux sont endormis dans des nuages.)


No. 8 ENTR'ACTE ET CHÅ'UR DU SOMMEIL


Le Chœur
Dormons, dormons, que notre somme ne vienne jamais à  finir,
puisque le seul bonheur en somme dans notre Olympe est de dormir.

N° 9 COUPLETS


(Venus entre a petit pas )

VÉNUS
Vénus Je suis Vénus ! et mon amour a tait l'école buissonniere!
Je reviens au lever du jour d'un petit voyage a Cythère!
Un profond mystère cache mon retour ils dorment tous!
Endormons nous!

(Elle s'endort dans un nuage à  droite.
Cupidon entre sur le pointe des pieds.)
CUPIDON
Je suis Cupidon mon amour a fait l'école buissonnière!
Je reviens au lever du jour d'un petit voyage a Cythère!
Un profond mystère cache mon retour!
Ils dorment tous!
Endormons­nous!

(Il s'endort dans un nuaqe à  gauche.
Au même instant paraît Mars qu'i entre militairement!)
LE CHÅ'UR
(endommi)
Ah!
MARS
Je suis le dieu Mars, à  mon tour fe viens d'chez ma particulière,
et je rentre au lever du jour d'un petit voyage à  Cythère.
La p'tit cantinière cache mon retour dans mon nuage,
j'm'en vas filer, car la consigne est de ronfler.

(Il s'endort dans un nuage, à  droite.
Morphée suivi de la Nuit
et de son cortège des songes de toutes les couleurs
parcourt les ranqs des divintés endommies
et leur secoue des pavots sous le nez.)
LE CHÅ'UR
(endormi)
Ah!

N° 10. DIVERTISSEMENT


MORPHÉE
Tzing, tzing, tzing, tzing, dans les célestes
demeures versons nos pavots sans bruit.
LE CHÅ'UR
Ah!
MORPHÉE
Tzing, tzing, tring, tzing, bientôt les premières heures
s'en viendront chasser la nuit.
Tzing, tzing, tzing, tzing
LE CHÅ'UR
Ah!
MORPHÉE
Tzing, tzing, etc

(Quand Morphée a fini sa tournée
et que la Nuit a groupé des songes devant les deux endormis,
on entend sonner la première heure,
puis la seconde, puis la troisième,
et chaque sonnerie correspond à  l'entré d'une heune nouvelle.
Tableau chorégraphique des Heures poursuivant la Nuit
et les Songes et commençant à  les chasser
Quand la nuit a disparu, les Heures se groupent
et appellent leurs sœurs qui arritent les unes
après les autres amenant l'Aurone: le décor devient rose.
Nouveau ballet, puis une sonnerie de chasse retentit dans le lointain
et se rapproche peu à  peu.)

N° 11 REVEIL DES DIEUX ET
COUPLETS DE DIANE


JUPITER
Par Saturne! quel est ce bruit qui nous réveille au milieu de la nuit?
C'est Diane, ma fille chérie, qui nous sonne sa sonnerie!
Sus! qu'on se réveille à  l'instant!
LE CHÅ'UR
(bâillant)
Ah!
JUPITER
Et surtout pas de bâillement!
D'un cri de joie et d'allégresse il faut saluer la déesse;
obéissons au règlement!

(Diane entre avec ses Nymphes.)
LE CHÅ'UR
Salut à  Diane chasseresse!
VÉNUS
Mais pourquoi cet air de tristesse?
TOUS
Pourquoi cet air de tristesse?
DIANE
Ah ! rien n'égale mon tourment!
Quand Diane descend dans la plaine,
Tonton tontaine tonton
C'est pour y chercher Actéon
Tonton tontaine tonton
C'est pres d'une fontaine,
Tonton tontaine tonton que Diane rencontre Actéon,
Tonton tontaine tonton, que Diane rencontre Actéon!
LE CHÅ'UR
Que Diane rencontre Actéon!
DIANE
Or ce matin dans la plaine,
Tonton tontaine tonton je m'en fus chercher Actéon,
Tonton tontaine tonton mais hélas près de la fontaine,
Tonton tontaine tonton, point n'est venu mon Actéon,
Tonton tontaine tonton, point n'est venu mon Actéon.
LE CHÅ'UR
Point n'est venu son Actéon.
DIANE
Pauvre Actéon ! Qu'est­il devenu ?
JUPITER
Ce qu'il est devenu, chaste Diane? Je vais te le dire!
Tu te compromettais avec ce jeune homme,
je me suis débarrassé de lui!
DIANE
Et comment?
JUPITER
Je l'ai changé en cerf ! Corbleu, mes enfants,
les faibles mortels ont l'Å“il sur nous!
Sauvons les apparences, au moins, sauvons les apparences, tout est la!
DIANE
Vous les sauvez bien, vous!
JUNON
Est­ce qu'il a encore hit quoique nouvelle escapade?
JUPITER
C'est toi, ma bonne Junon?… Qu'est­ce qu'il y a?
JUNON
Il y a que je ne puis plus vivre ainsi!
Et que l'existence que vous me faîtes.
JUPITER
Qu'est­ce que j'ai encore tait, voyons!…

JUNON
Eh bien, il n'est bruit là -bas que de la disparition d'une mortelle,
qui vient d'être enlevée par un dieu. Cette femme s'appelle Eurydice.
Et le dieu, c'est vous!
JUPITER
Moi?
JUNON
Et quel autre que vous eût osé ?…

JUPITER
Vois, mon amie, ou t'entraîne ton aveugle passion!
Cet enléventent, je le connais comme tol.
JUNON
Je le crois.
JUPITER
Mes soupçons se portent sur quelqu'un
et j'ai envoyé aux renseignements mon fidèle Mercure.
JUNON
Je ne vous crois plus, gros hypocrite!
Vous m'avez tant de fois trompée!

(Mercure entre en dansant et ne cesse de sautiller
pendant tout le temps qu'il chante.)

N° 12. RONDO SALTARELLE DE MERCURE


MERCURE
Eh hop! Eh hop! Place à  Mercure!
Ses pieds ne touchent pas le sol,
un bleu nuage est sa voiture, rien ne l'arrête dans son vol.
Bouillet dans son dictionnaire vous dira mes titres nombreux:
je suis le commissionnaire et des déesses et des dieux;
pour leurs amours moi je travaille, actif, agile, intelligent,
mon caducée est ma médaille, une médaille en vit argent.
Eh hop! Eh hop! Place à  Mercure!
Ses pieds ne touchent pas le sol, un bleu nuage est sa voiture,
rien ne l'arrête dans son vol.
Je suis le dieu de l'éloquence, les avocats sont mes enfants,
ils me sont d'un secours immense pour flanquer les mortels dedans.
Je dois comme dieu du commerce détester la fraude et le dol,
mais je sais par raison invérse les aimer comme dieu du vol,
car j'ai la main fort indirecte et quelquefois le bras trop long:
quand il était berger d'Admète j'ai chipe les bÅ“ufs d'Apollon.
Tout en étant le dieu des drôles, je suis le plus drôle des dieux,
j'ai des ailes sur les épaules, aux talons et dans les cheveux.
Jupin mon maître sait me mettre à  toute sauce;
il finira par me mettre dans un barometre pour savoir le temps qu'il fera.
JUNON
Pour savoir le temps qu'il fera.
MERCURE
Eh hop!
JUPITER
Eh hop!
MERCURE, JUNON et JUPITER
Eh hop ! Eh hop ! Place à  Mercure, etc.

(Mercure s'immobilise avec peine devant Jupiter et Junon)
MERCURE
Salut au puissant maître des dieux et de la…

JUPITER
Pas de phrases! Au fait!
MERCURE
Seigneur, j'arrive en droite ligne des Enfers!
JUPITER
Et Pluton!
MERCURE
Pluton était sorti. Il est rentré aux Enters il y a une heure.
JUPITER
(à  Junon)
Ecoute çà , pomme d'amour!
JUNON
Oui?
JUPITER
(à  Mercure)
Et d'où venait-il?
MERCURE
De la terre.
JUPITER
Seul?
MERCURE
Seul? Non pas. Avec une jolie petite femme
qu'il venait d'enlever à  son mari.
JUPITER
Cette femme a pour nom?
MERCURE
Eurydice.
JUPITER
Ah! le coquin de Pluton ! Et il va venir?
MERCURE
A l'instant… je lui ai dit que vous l'attendiez.
Et tenez, le voilà  qui descend de son char.
JUPITER
Eh bien, je vais le traiter comme il le mèrite!
(Pluton entre escorté d'une nuée
de petits démons portant son lunch.)
PLUTON
Salut au puissant maître des cieux et de la terre!

ENTRÉE DE PLUTON

N° 13. AIR EN PROSE DE PLUTON


PLUTON
Comme il me regarde! Est-ce qu'il se douterait?..
Détournons les soupçons! Flagornons­le.
Ayons l'air de trouver son domicile agréable.
J'ai justement une belle tirade que j'ai lue quelque part…
Ah! avec quelle volupté je m'enivre des sauves émanations
de cette atmosphère douce et vivitiante de l'Olympe!
Heureuses divinités qui folâtrez sans cesse sous des cieux toujours bleus!
Tandis que je suis condamné aux sombres cloaques du royaume infernal,
ici l'on respire une odeur de déesse et de nymphe,
une suave odeur de myrte et de verveine, de nectar et d'ambroisie!
On entend le rrroucoulement des colombes
les chansons d'Apollon et la lyre de Lesbos.
Voici les Nymphes voici les Muses, les Grâces ne sont pas loin.
Non, non! Vous les verrez danser, calmes et bondissantes,
aux douces clartés de la lune d'Avril.
On entend le rrroucoulement etc.
Tous les parfums sont déchainés, et les parfums de la nuit,
et les parfums du jour, les parfums du matin,
et les parfums du soir, et les parfums du ciel,
et les parfums des Grâces, et les parfums des Muses
et les parfums des Nymphes.
JUPITER
Laissons cela! Il paralt, mon bonhomme,
que tu te conduis comme le dernier des drôles!
PLUTON
Selgneur!
JUPITER
Tu as abusé de ton pouvoir en enlevant par la mort
une épouse a son éxpoux.
PLUTON
Ce n'est pas vrai!
JUPITER
Ne nie pas, je sais tout!
PLUTON
Ce n'est pas vrai!
JUPITER
Silence! Quand je parle, on se tait!

(On entend des cris au dehors.)
PLUTON
Ça ne m'a pas l'air de cris d'enthousiasme cela!
JUPITER
Une révolte!

N° 14. CHÅ'UR DE LA RÉVOLTE


DIANA, VÉNUS. CUPIDON et LE CHÅ'UR des Dieux
Aux armes, dbux et demi­dieux!
Abattons cette tyrannie.
Ce régime est fastidieux!
Aux armes! Aux armes!
JUPITER
Une révolte, vraiment c'est curieux!
PLUTON
(à  part)
Une révolte chez les dieux!
Sur mon âme, elle arrive au mieux!
Les Déesses et Cupidon
Plus de nectar! plus d'ambroise!
Plus de nectar, cette liqueur fait mal au cœur... oui, mal au coeur!
Assez de sucre et d'ambroise!
Plus d'ambroisie!
PLUTON
lls ont raison! Ces aliments sont fades!
Parlez­moi de ceci, de ceci, camarades!

(Il brandit les mets et les flacons qui constituent son lunch
et que portant ses petits demons.)
DIANE, VÉNUS, CUPIDON et le. ChÅ“ur
Aux armes! dieux et demi­dieux!
Abattons cette tyrannie!
Ce régime est fastidieux! etc.
JUPITER
Silence, ou je tonne!
(Cris plus violents.)
Alors c'est une sédition! On refuse obéissance!
TOUS
Oui! Oui! Oui!
JUPITER
Et la morale?
PLUTON
Il faudrait pourtant s'entendre sur ta morale!
Tu en as fait bien d'autres, toi, mon petit père!…

JUPITER
Moi? Jamais… bon epoux, bon père, bon…

PLUTON
Ah oui ! Parlons-en de tes qualités domestique!
Tu me reproches ce que j'ai fait…
Si on rappelait ce que tu as fait, toi!
DIANE
Laisse donc! Moi Diane, j'en sais sur ton compote!
VÉNUS
Et moi, Venus!
CUPIDON
Et moi, Cupidon
TOUS
Et nous donc!
CUPIDON
Nous avons fait des chansons là ­dessus!
PLUTON
Tu l'entendras!
TOUT
Tu l'entendras!
JUNON
Ce sera ta punition!

N° 15. RONDEAU DES METAMORPHOSES


DIANE
Pour séduire Alcmène la fière tu pris les traits de son mari!
Je sais bien des femmes sur terre pour qui çà  n'eût pas réussi!
Ah! ah! ah! ah! ah! ah!
Ne prends plus l'air patelin: on connaît tes farces, Jupin!
Ah! ah! ah! ah! ah! ah!
Ne prends plus l'air patelin, on te connaît Jupin!
LE CHÅ'UR
Ah! ah! ah! ah! ah! ah!
Ne prends plus, etc.
VÉNUS
Ce cygne traqué par un aigh que Léda sauva dans ses bras,
c'était encore vous, gros espiègle!
J'étais l'aigle, ne le niez pas!
Ah! ah! ah! etc.
CUPIDON
Que prouvent ces métamorphoses?
C'est que tu te trouves si laid, que pour te faire aimer
tu n'oses te montrer tel que l'ont t'a fait!
Ah! ah! ah! etc.

(Mercune est dans le fond,
decout sur les gradins de l'amphithéâtre.)
MERCURE
Seigneur, deux étrangers sont là  qui demandent audience!
JUPITER
Leurs noms?
MERCURE
Orphée.
JUPITER
(à  part)
Orphée!
(à  Pluton)
Je vais te repincer, Pluton!
MERCURE
Il est accompagné d'un jeune homme qui se dit l'Opinion Publique.
JUPITER
L'Opinion Publique! Mes enfants, trêve à  nos dissensions intestines!
PLUTON
Ne les recevez pas!
TOUS
Recevez-les!
JUPITER
Je vais les recevoir! Je suis Jupin et je dois la justice à  tous!
(à  Pluton)
Ah! tu tremblés, Pluton!

N° 16. FINAL

(Mercure sort et revient introduisant
Orphée et l'Opinion Pubique.)


PLUTON
Il approche! Il s'avance!
Le voilà , oui, c'est bien lui!
Ah! sapristi! je commence à  bien m'ennuyer ici.
LES DIEUX
Il approche! il approche!
Le voilà , oui, c'est bien lui!
L'on va prendre ta défense, hélas, trop infortuné mari!
ORPHÉE
C'est malgré moi que j'avance!
Et je suis tout ahuri ce voyage­là  commence
à  me donner beaucoup trop d'ennui.
PLUTON, JUPITER et MERCURE
Le voilà !
DIANE, CUPIDON, VENUS et LE CHÅ'UR
Attendons!
PLUTON, JUPITER et MERCURE
C'est bien lui!
DIANE, CUPIDON, VÉNUS et LE CHÅ'UR
Observons!
ORPHÉE
La vengeance est bien près de moi!
L'OPINION PUBLIQUE
Avance! avance! Obéis-moi!
DIANE, CUPIDON, VENUS et LE CHÅ'UR
Regardons, écoutons, oui regardons même écoutons!
Car on va prendre ta défense, trop infortuné mari!
ORPHÉE
La vengeance est bien près de moi!
Dieu! qu'il m'ennue!
Oui, il m'ennue ce damné jeune homme,
il commence à  me donner de l'ennui.
PLUTON, JUPITER et MERCURE
Le voilà , c'est bien lui, il approche, il s'avance! etc.
L'OPINION PUBLIQUE
La vengeance est bien près de toi, obéis­moi, marche toujours!
Crains ma vengeance!
Sinon, crains la vengeance prète à  fondre sur toi!
JUPITER
(à  Orphée)
Que me veux­tu, faible mortel?
L'OPINION PUBLIQUE
(bas à  Orphée)
Voici le moment solennel!
Tu vas, d'une voix attendrie,
implorer du grand Jupiter le droit de reprendre
à  l'Enfer ton épouse tendre et chérie!
ORPHÉE
Vous le voulez?
L'OPINION PUBLIQUE
Allons!

(Orphée prend son violon et joue.)
ORPHÉE
On m'a ravi mon Eurydice…

DIANE, CUPIDON et Vanus
Rien n'égale son tourment!
DIANE
Rien n'égale sa douleur!
CUPIDON, DIANE, VÉNUS et les DÉESSE
Rien n'égale sa douleur!
DIANE
Et le ravisseur?
JUPITER
C'est?
DIANE
(avec force)
C'est Pluton!
TOUS
C'est Pluton! C'est Pluton!
ORPHÉE
C'est Pluton!
JUPITER
(haut, avec dignité)
Puissant justement le crime et l'injustice
je condamne Pluton à  lui rendre Eurydice!
ORPHÉE
(à  part)
O ciel! O ciel! Il me la rend!
PLUTON
(à  part)
O ciel! O ciel! Il me la prend!
JUPITER
Et pour faire observer ma volonté supreme,
aux Enfers aujourd'hui,
Pluton, j'irai moi­même!
LES DIEUX
Aux Enters!
DIANE, CUPIDON VÉNUS et MERCURE
Jupin, emmenez­nous avec vous, s'il vous plaît!
Emmenez~nous, Jupin, emmenez­nous avec vous.
JUPITER
Allons, j'emménerai l'Olympe au grand complet!
LES DIEUX
Vive Jupin!
MERCURE
Venez tous, venez tous!
LES DIEUX
Gloire, gloire à  Jupiter, gloire à  ce dieu clément
et doux qui pour ce sémillant enfer,
n'a pas voulu partir sans nous!
Partons, partons! La, la, la, la!
Partons, marchons! Ah!
Plus de nectar, plus de ciel bleu!
Oh, nous allons donc rire un peu merci, mon Dieu, merci, mon Diéu!
La, la, la, la, la, partons, marchons!
JUPITER
Prenons nos attributs, partons, n'hésitons plus!
LES DIEUX
Prenons nos attributs partons, n'hésitons plus!
TOUS
Merci, merci!
La, la, la, la, partons, partons, etc.
Gloire, gloire à  Jupiter, etc.

(Tous les dieux sortent ravis.)



No. 17 ENTRACTE


Le boudoir de Pluton
(Mélange de sévérité etde confortable.
Fauteuil et bureau de Pluton au deuxième plan de face.
Au lever du rideau Eurydice est seule,
dans l'attitude de lennui et de l'impatience.)


No. 18 COUPLETS DES REGRETS


EURYDICE
Personne encore Pas de nouvelles.
Ah, ça, mais c'est intolérable!
Je m'ennuie épouvantablement ici!
Ah! quelle triste destinée me fait ici le dieu Pluton!
Me laisser seule abandonnée!
Que veut dire cet abandon!
Lorsqu'avec lui je suis venue, de tendresse il était pétri!
Ah! mais si cela continue je vais regretter mon mari!
Ah mais oui je vais regretter mon mari!
L'amour des dieux, disait le traître,
contient d'ineffablés douceurs!
Je vais te les faire connaître...
Les dieux seraient­ils des lâcheurs?
Ou donc est l'ivresse inconnue que je devais goûter ici!
Ah! mais si cela continue etc.
Voilà  deux jours que je suis seule,
n'avant d'autre récréstion que la compagnie de ce yros béta
de domestique dont on a tait mon geôlier!
Ah! Encore lui!…

(John Styx s'avance.)
JOHN
(à  part)
Elle est bien belle! bien belle! bien belle! Ah ! si j'osais!…

EURYDICE
C'est encore toi Que me veux­tu ?
JOHN
Madame n'a pas sonné?
EURYDICE
Moi? Non!
JOHN
Est­ce que Madame sonnera bientôt?
EURYDICE
Est­ce que je sais? Pourquoi?
JOHN
Parce que si Madame sonnait, je m'empresserais d'accourir…
Ah! je suis bien malheureux!
EURYDICE
Ou'est­ce que cela me fait!
JOHN
Puisque Madame paraît s'intéresser à  moi, je vais tout lui dire.
(Ils s'assied près d'Eurydice qui se lève indignés
et lui fait signe de s'éloiqner John se lève et épousette son siège.)
Figurez­vous, Madame, que je suis la meilleure nature du monde
j'ai un cÅ“ur sensible et une tète faible.
(Il se ressied près d'Eurydice.)
La femme qui m'aimerait serait bien heureuse!
EURYDICE
Ne m'approche pas!
(à  part)
Il est affreux!
JOHN
Madame me repousse après un tel aveu?
Ah! c'est parce que je ne suis qu'un domistique, n'est­ce pas?
Mais je n'étais par mort pour porter cette livrée, Madame!
Quand j'étais sur terre, j'étais le fils d'un grand prince de Bétie!


N° 19 COUPLETS DU ROI DE BEOTIE


JOHN
Quand j'étais roi de Béotie, j'avais des sujets, des soldats,
mais un jour, en perdant la vie, j'ai perdu tous ces biens, hélas!
Et pourtant, point ne les envie: ce que je regrette en ce jour c'est
de ne point t'avoir choisie pour te donner tout mon amour!
Quand j'étais roi de Béotie, quand j'étais roi de Béotie!
Si j'étais roi de Béotie, tu serais reine sur ma foi,
je ne puis plus qu'en effigh t'offrir ma puissance de roi.
La plus belle ombre, ma chérie ne peut donner que ce qu'elle a,
accepte donc, je t'en supplie, sous l'enveloppe que voila
le cÅ“ur d'un roi de Béotie, le cÅ“ur d'un roi de Béotie.
Voyez­vous il est une chose que le n'oubberai jamais,
c'est l'image de la femme adorable dont mon maître
m'a donné la garde depuis deux jours...
EURYDICE
Insolent!

N° 19bis. MELODRAME
JOHN
Ah ! tenez, Madame…
(On enrend jouer au dehors la marche du deuxième acte.)
De la musique!
EURYDICE
Et de la musictue gaie!
JOHN
Mon maître… c'est mon maître… il amène du monde!
EURYDICE
Et beaucoup de monde!
JOHN
Rentrez, Madame, rentrez!
EURYDICE
Je ne veu t pas!
JOHN
Ce sont les ordres de Monsieur.
Vous me feriez flanguer a la porte!
EURYDICE
Mon petit John Styx… je t'en supplie…

JOHN
Non, non ! Rentrez.. rentrez !...
EURYDICE
Ah ! Pluton ! Tu me le paieras!
JOHN
Allons, allons!
(Il fait entrer Eurydice au fond au moment
où paraissent Pluton et Jupiter.)
Il était temps!

(Jupiter et Pluton entrent en se bousculant
et tâchant de se devancer l'un l'autre.)
PLUTON
(bas à  John)
Eurydice!
JOHN
(bas à  Pluton)
Sous clef!
JUPITER
Où est­elle? Ou est­elle?
JOHN
Qui elle? Qui elle!
JUPITER
Eurydice! Par ma foudre, parle!
PLUTON
Eurydice? Comment, tu crois encore
que j ai enlevé cette petite?
JUPITER
Parfaitement! Et je verrai bien… j'ai saisi la justice!
Il y a eu enlévement et tu vas être juge par les juges des Enfers!

(Paraît un huissier, chaîne d'argent au cou.)
L'HUISSIER
La Cour!
JUPITER
Les voici!

(Minos, Eaque et Rhademente font leur entrée.)



N° 20 SEPTUOR DU TRIBUNAL



MINOS, EAQUE et RHADAMANTE
Minos, Eaque et Rhadamante,
Rhadamante, Eaque et Minos,
sous les yeux de Thémis clémente,
nous presidons les tribunos les tribunos infernos!
MINOS
Nul n'échappe à  notre colère!
RHADAMANTE
Ceux que Minos ne punit pas…

EAQUE
Rhadamante en fait son affaire!
RHADAMANTE
Eaque est la dans tous les cas!
TOUS
Minos, Eaque et Rhadamante
Rhadamante, Eaque et Minos!
Sous les yeux de Thémis clémente.
Tous trois président/Nous présidons les tribunos,
les tribunos infernos!
L'HUISSIER
La séance est ouverte!
MINOS
(à  l'Hussier)
Faites entner le témoin Cerbère.
PLUTON
(à  part)
Pourvu qu'i! n'aille pas me trahir!
L'HUISSIER
(appelant)
Le témoin Cerbéne!

(Aboiements au dehors. Entre Cerbère.)
MINOS
Témoin Cerbère, dans la soirée des Ides de Mars,
le dieu Pluton revenant de la terre,
est­il rentré seul ou avec une femme?
CERBÉRE
(à  qui Pluton vient de marcher sur le pied avec intention.)
Aou!… aou!… aou!… aou!…

MINOS
Vous l'entendez? Il affirme que Pluton est rentré seul aux Enfens!

(Pendant ce temps l'Huissier est venu apporter des galettes a Pluton.
Pluton, en cachette, donne des galettes à  Cerbère.)
JUPITER
Anendez donc un peu ! Pluton !e bourre de galenes
depuis un quan d'heure.
Je vais vous la montrer la vérité dans la bouche de Cerbère!

(Jupiter se jette sur Cerbère et veut lui ouvrir la gueule
Cerbère attrape le bras de Jupiter.)
N° 20 bis MELODRAME
JUPITER
Ah! mon bras!
PLUTON
Tiens bon, Cerbère!
JUPITER
(se dégageant, à  John Styx)
A moi, ma foudre! Rends­moi ma foudre que je les foudroie tous!
PLUTON
(à  John)
Ne rends pas la foudre!
LES JUGES
(à  John)
Ne rends pas la foudre!

(Melodrame à  l'orchestre avec crépitement
et roulement de tonerre jusqu'à  l'apparition de l'Amour.
Lutte entre John Stix et Jupiter.
Jupiter voulant reprendne sa foudre
et John Stix ne voulant pas la lâcher.)
JUPITER
(qui a repris sa foudre)
En poudre! En poudre, tous ces gens­là .
(Au moment où Jupiter a saisi la foudre,
violent coup da tonnerre, nuit complête.
Pluton, John, huissiers, greffiers, juges, tout la monde se sauve.
Le bureau de Pluton et les fauteuils disparaissant.
Sur un feuteuil à  gauche, dans un rayon de lumière,
paraît Cupidon, Jupiter brandet sa foudre.)
Ah! Ah!
CUPIDON
(riant et se carrant dans la fautauil)
Ah! ah! ah! ah!
JUPITER
(l'aperçevant)
Tiens, Cupidon!
CUPIDON
Oh! Papa! Papa! tu me tais de la peine!
JUPITER
Qu'est­ce qu'il vient faire là  ce méchant galopin?
CUPIDON
Il vient te sauver, ce mechant galopin!
JUPITER
Me sauver!
CUPIDON
Comment, tu cherches une femme et pour la retrouver,
tu fais venir ces vieilles perraques?
JUPITER
Quoi, mon petit chéri, tu te chargerais…

CUPIDON
Il faut donc que je te la rende, ton Eurydice?
JUPITER
(avec élan)
Oh! oui!
CUPIDON
(se lavant)
Eh bien on va te la retrouver… A moi, ma police!
A moi, les policemen de l'Amour!

(A peine Cupidon a­t-il dit cela que a paraissent de tous les côtés
une vingtaine de petits agents de police de l'Amour,
bonnets phyrigiens, bâtons de policemen, etc.)


N° 21. RONDE DES POLICEMEN


CÅ“ur des POLICEMEN
Nez au vont Å“eil au guet, clairvoyant et discret,
le limier de l'amour doit veiller nuit et jour.
Aussi fin qu'un renard, très malin,
peu bavard sachant tout découvrir et partout se blottir!
À l'amant au mari, apportant son appui,
il surprend tous les jours plus de cent jolis tours.
Nez au vent, etc.
Doux aveux dans un cÅ“ur plein de feux et d'ardeur demi­mots,
tendre amour frais éclos plat du jour…
Trehison, faux serments, abandon des amants,
tout ceci sarpejeu, pour bibi n'est qu'un jeu.
Nez au vent, etc.


N° 22. RECIT ET COUPLETS DES BAISERS



CUPIDON
Allons, mes fins limiers visitez et fouillez!
Ce que de vous l'on réclame c'est de decouvrir la femme!
Cherchez bien, cherchez bien!
JUPITER
Ne voyez­vous rien ?
Las POLICEMEN
Rien! Rien! Nous ne voyons rien!
CUPIDON
Vous ne trouvez rien?
JUPITER
Vous ne trouvez rien?
Les POLICEMEN
Rien! Nous ne trouvons rien!
CUPIDON
Attendez, j'ai mon moyen!
JUPITER et les POLICEMEN
Voyons, voyons ton moyen!
CUPIDON
Attendez, attendez!
JUPITER et les POLICEMEN
Voyons, voyons le moyen.
CUPIDON
Pour attirer du fond de sa retraîte une souris
qui cache son museau non loin du nez de la petite bête,
il faut semer quelque friand morceau.
Je sais un autre stratagême qui doit faire de son réduit sortir
une femme qu'on aime: ce stratagême, c'est un bruit;
mais il faut que ce joli bruit soit bien mignon et bien gentil!
Ah!
(imitand le bruit des basiers.)
Allez­y, la p'tit' bête va répondre au bruit,
la p'tit' bête va répondre au bruit!
LE CHÅ'UR
(imitent les baisers)
Allez­y la p'tit' bête, et.
CUPIDON
Lorsque l'on vout attirer l'alouette,
on fait briller un miroir à  ses yeux
et sans retard on b voit la coquette
en voltgeant accourir à  ses foux!
Une femme, c'est tout de même, par ses faiblesses on la séduit;
tout ce qu'elle veut, c'est qu'on l'aime et c'es t ainsi qu'on le lui dit,
mais il faut que cela soit dit d'un air bien mignon bien gentil!
Ah! etc.
Un POLICEMAN
(montrant la porte du fond)
Elle est là !
Deuxième POLICEMAN
Ce n'est qu'une serrure à  faire sauter.
JUPITER
Halte là ! Pas de bêtises! Nous n'avons pas le droit,
entre dieux de première classe, de nous faire sauter nos serrures.
Par ruse, tout est permis, par violence, rien!
CUPIDON
Il faut donc, ô Papa, trouver un déguisement!
Premier POLICEMAN
Qui vous permettra de passer par le trou de la serrure.
CUPIDON
Laisse­moi faire, j'ai ce qu'il te faut!
Je vais le métamorphoser séance tenante. Tu connais ça.
JUPITER
Me métamorphoser en quoi!
CUPIDON
Je veux que tu en aies la surprise.
JUPITER
La surprise! La surprise! J'ai besoin d'être joli, très joli, tu sais!
CUPIDON
Tu seras joli très joli! Anention au changement
Papa anention au changement!
JUPITER
(très inquiet)
En quoi va­t­il me mettre, le petit malheureux!
CUPIDON
Une…deux…trois…

(Le changement se fait. Jupiter paraît en mouche.)
TOUS
Une mouche!
CUPIDON
Comme çà . on passe partout!


N° 23. PETITE RONDE DU BOURDON


Chœur des POLICEMEN
Le beau bourdon que voilà  est­il joli comme çà !
Bonne chance papa passe, passe, passe là  et la belle y restera.

(Au moment ou le chœur se retire,
Jupiter s'est rapproche en sautetillant de la porte du fond
il prend plusieurs fois son élan
et finit par piquer une tête dans le trou de la serrure qui s'élargit peu à  peu.
Le f ond du décor disparait et laisse voir un délicieux boudoir.
Eurydice est étendue sur un divan.
Le meuble s'avance jusqu'au second plan.)
JUPITER
C'est elle! Qu'elle est belle!

(Jupiter voltige autour d'Eurydice en effieurant
son epaule de droite et de gauche.)


N° 24 DUO DE LA MOUCHE


EURYDICE
Il m'a semblé sur mon épaule sentir un doux frémissement!…

JUPITER
(à  part)
Il s'agit de jouer mon rôle plus un mot!
Car dès ce moment je n'ai droit qu'au bourdonnement!
(Imitant b bourdonnement de la mouche)
Zi! Zi!
EURYDICE
Ah! la belle mouche!
Le joli frelon
JUPITER
Zi! Ma chanson la touche, chantons, chantons ma chanson!
EURYDICE
La belle mouche!
JUPITER
Ma chanson la touche, chantons ma chanson!
EURYDICE
Ah, la belle mouche!
Le joli frelon!
Bel insecte à  l'aile dorée veux­tu rester mon compagnon?
JUPITER
(imitent la mouche)
Zi!
EURYDICE
Ces lieux dont du forças l'entrée, hélas, me servent de prison.
JUPITER
Zi!
EURYDICE
Ne me quitte pas, je t'en prie, reste, on prendra bien soin de toi!
Ah! je t'aimerai, mouche joli, reste avec moi, reste avec moi!
JUPITER
Quand on veut se faire adorer il faut se laisser desirer…

EURYDICE
(courat à  lui)
Je la tiens par son aile d'or!
JUPITER
Pas encor! Pas encor!
EURYDICE
Fi, la méchante, la méchante!
JUPITER
J'ai pris des ailes, ma charmante, j'ai bien le droit de m'en servir!
EURYDICE
Elle ne cherche qu'a me fuir!
De cette gaze légère, sans l'étouffer, je puis faire un filet à  papillon.

(Elle s'approche sur la pointe des pieds.)
JUPITER
Attention! Attention!
EURYDICE
Ah! la voilà  prise! plus de résistance!
JUPITER
La plus prise des deux n'est pas celle qu'on pense!
EURYDICE
Chante, chante!
JUPITER
Zi!
ENSEMBLE
Zi! Zi!
EURYDICE
Ah! je la tiens! Ah! c'est charmant!
JUPITER
Ah! je la tiens! Ah! c'est charmant!
EURYDICE
Ah, je savais bien que je t'attraperais, mon joli bijou ailé!
Mais voyez donc, qu'elle est gracieuse! Quelles belles couleurs!
Et quelle taille fine!

(Jupiter fait des grâces. Elle embrasse.)
JUPITER
(tombant à  genoux)
Eh bien, tout cela est à  toi, si tu le veux, mortelle adoré!
EURYDICE
Ah, grands dieux, elle parle! Au secours!
JUPITER
Tais-toi! J'ai pris ce costume pour tromper les regards jaloux
d'un tyran qui ne veut que te torturer…

EURYDICE
Jupiter! Le roi des dieux!
JUPITER
Oui, c'est moi. Ah! si je t'avais connue plus tôt,
Pluton ne t'aurait pas enlevée. Je t'aurais emmenée dans l'Olympe.
EURYDICE
Voir!'Olympe et quitter cet affreux sejour! Oh! fuyons, emmène­moi!
JUPITER
Nous n'avons qu'un moyen pour ne pas éveiller les soupçons
il faut que je retourne à  la fête que me donne cet idiot de Pluton!

(Eurydice sort à  gauche et Jupiter à  droite
Pluton entre tout boulbvensé.)
PLUTON
Où est elle? La mouche ? Où est la mouche ?
Ah I qu'est­ce que c'est que çà ?


N° 25 SCENE ET BALLET DES MOUCHES


(Une foule de petits John Styx sort de dessouse terre.)


PLUTON
Trehi, trehi par tout le monde!
LES ENFANTS
Si j'étais roi de Béotie, tu serais reine sur ma foi!
Je ne puis plus qu'en effigie t'offrir ma puissance de roi!
La plus belle ombre ma chérie ne peut donner que ce qu'elle a,
accepte donc, je t'en supplie, sous l'enveloppe que voilà  le cÅ“ur
d'un roi de Béotie, le creur d'un roi de Béotie!
(lls disporaissent dans une trappre!
PLUTON
(hors de lui)
La mouche!… Qui me livrera la mouche!
CUPIDON
(paraissent à  gauche)
Tu veux la retrouver ? Eh bien, attends!

(Il étend la moin le théâtre change
et reprénsente une serre merveilleuse.
Parmi les buns sont groupées des mouches
aux corsages dorées et aux aile étencelantes.
Elles s'élancent, entourent Pluton et l'entrainent)
GALOP
Les Enfers
(À gauche le Styx. Au lever du rideau tous les dieux de l'Olympe
et d'Enters sont réunis en un immense festin.
Ils sont couronnés de fleurs et boivent.
Au fond, les trois juges d'Enters pêchent à  la ligne dans le Styx)

N° 26 ENTR'ACTE ET CHÅ'UR INFERNAL


LE CHÅ'UR
Vive le vin! Vive Pluton!
Et nafgue du qu'en dira­t­on!
La divine cohorte que ce vieux vin transporte chante le Dieu
qui porte la couronne de fer!
Sa demeure chérie sera notre patrie,
si l'on comprend la vie amis, c'est en enfer!
Vive le vin, etc.
CUPIDON
Allons, ma belle bacchante, mortelle émule de Vénus chante­nous,
de ta voix charmante chante­nous ton hymne à  Bacchus!
LE CHÅ'UR
Chante, belle bacchante
Chante­nous ton hymne à  Bacchus!


N° 27 HYMNE A BACCHUS


EURYDICE
J'ai vu le Dieu Bacchus sur sa roche fertile donnant à  ses sujets
ses joyeuses leçons, le Faune au Pied de chèvre
et la Nymphe docile rédtaient ses chansons!
DIANE, CUPIDON et les Déesses
Répétaient ses chansons!
Évoé! Évoé! Bacchus m'inspire!
"Evoé! je sens en moi, évoé!
son saint délire, évoé, Bacchus est roi!
EURYDICE
Laissez, leur disait­il, les tristesses moroses,
laissez les noirs soucis aux profanes humains, et vous,
couronnez­vous de pampres
et de roses qui tombent de mes mains!
CUPIDON, DIANE et les Déesses
Qui tombent de mm mains!
Évoé ! etc.
PLUTON
C'est la loge internale.
(Musque à  l'orchestre.)
Voila mon corps de ballet!



N° 28. MENUET ET GALOP INFERNAL


JUPITER
Maintenant, je veux, moi qui suis mince et fluet,
comme au temps du grand roi danser un menuet.
DIANE
Ah!
TOUS
Ah! La la la la la!
Le menuet n'est vraiment si charmant que lorsque Jupin le danse.
Comme il tend d'un air coquet le jarret: comme il s'élance en cadence!
Le menuet, etc.
Terpsichore dans ses pas n'a pas plus d'appas!
Le menuet, etc.
JUPITER
(à  part)
Ce nuis de Pluton n'a pas reconnu Eurydice:
après la danse, nous lèverons le pied!…

PLUTON
(à  part)
Cet idiot de Jupiter croit que je n'ai pas reconnu la bacchante…
mais j'ai l'Å“il sur eux!

(Le Menuet est dansé par Jupiter, Pluton et deux bacchantes.
Le Galop infernal par tous les dieux.)
TOUS
Ce bal est original d'un galop infernal donnons tous le signal!
Vive le galop infernal! donnons le signal d'un galop infernal!
Amis, vive le bal!
La la la la la!
EURYDICE
(à  Jupiter)
Et maintenant, fuyons, Jupiter...
JUPITER
Oui, profitons de ce qui nous reste de souffle…fuyons…

PLUTON
(se dressant devant eux)
Où donc?
EURYDICE
Aie!
JUPITER
Que veut cet audacieux?
PLUTON
Ah! plus de dignité, n'est­ce pas? Crois­tu que l'ignore rien de ce
qui se passe ici depuis deux heures?
Crois­tu que sous ce costume de bacchante je n'ai pas reconnu la femme…

JUPITER
Que tu n'avais pas enlevée, disais­tu ?
PLUTON
Eh bien, oui, je l'avais enlevée! Mais je m'en repens bien!
EURYDICE
Que dit il?
PLUTON
Je dis que tu t'es conduite avec moi comme avec ton mari !
Que tu m'as flanqué mon envers à  l'Enfer-mon Enfer à  l'envers, et que…

JUPITER
(riant)
Il sait tout!
PLUTON
Riez, allez! Rira bien qui rira le dernier! La farce est bonne,
mais vous ne la porterez pas ensemble en Paradis.
JUPITER
Et qui donc m'empêcherait, si je voulais…

PLUTON
Qui! Mais toi­même!
JUPITER
Que veut­il dire!
PLUTON
Et ie mari qui va venir, le petit mari!
EURYDICE
Mon mari ! Je l'avais completement oublié!
JUPITER
Moi aussi!
PLUTON
Ah, je vais être venqé! Ce n'est pas à  moi que tu rendras Eurydice,
c'est à  lui, au petit trovatore…

JUPITER
Miserere ! Qu'ai­ie promis?
(bas à  Cupidon)
Cupidon, comment me tirer de la?
CUPIDON
(bas)
Ecoute, j'ai une idée bizarre qui pourrait bien gêner Orphee.

(Il lui parle bas. On entend au loin un chant de violon.)



N° 29. MELODRAME


JUPITER

(riant avec Cupidon)
Elle est assez bonne!
PLUTON
La position se tend!
JUPITER
Elle est tendue!
PLUTON
Je vais élever le dialogue avec la situation!
Je ne parle plus qu'en vers! Méfiez­vous!
(Le chant se rapproche, peu à  peu)
Femme, reconnais­tu ce chant de violon?
EURYDICE
Ce chant qu'il trouve large et que je trouve long
c'est celui de l'epoux que j'ai…

PLUTON
Tu l'as dit, femme, c'est ton epoux qui vient pour racheter ton âme!
Ton époux te réclame, on te rend à  la terre:
c'est un joli cadeau que nous allons lui faire!
EURYDICE
(supplunte)
Jupin!
JUPITER
Rassure­toi, pauvre ange, j'ai mon plan!
Et tu n'es pas encore au bras de ton tyran!

(Au fond paraît une banque dans lequelle
se trouvent l'Opinion Publique et Orphée.)
ORPHÉE
Oui, tu m'as convaincu, malgré ses injustices c'est ma femme,
et je veux ignorer ses caprices. Puissant roi des…

JUPITER
Assez, grâce du boniment.
Je connais ta demande, allons­y donc gaiement!
Fidèle à  ma promesse, à  tes désirs propices,
d'accond avec Pluton, je te rends Eurydice.
Va!
ORPHÉE
(avec philosophe)
Jupher me combie et Pluton est trop bon.
JUPITER
Mais j'y mets, cependant, une condition,
condition expnesse autant qu'inexplicable...
(s'animant)
que tu n'as pas besoin de comprendre, que diable!
Vers le Styx, gravement, tu vas t'acheminer en précedant ta femme
et sans te retourner si trop presse de voir ton aimable Eurydice
tu désobéissais à  ce petit caprice,
elle t'echapperait pour toujours, cette fois...
PLUTON
(flurieux)
Mais ce n'est pas du jeu!

(Murmure général.)
JUPITER
(terrible, agitant sa foudre)
L'on élève la voix?…
(Le murmure s'apaise.)
Allons, derrière toi va marcher Eurydice;
ne te retourne pas! J'ai dit!…

(Il eternue.)
TOUS
Dieu vous bénisse!



N° 30. FINAL



(Marche à  l'orchestre. Eurydice paraît, cachée sous un voite.
C'es' John Styx qui la corduit par la main.)
L'OPINION PUBLIQUE
Ne regarde pas en arrière!
A quinze pas fixe les yeux!
Ami, pense à  la terre, elle nous attend tous les deux.

(La marche recommence, l'Opnion est en tête.
Orphée vient ensuite puis Eurydice, conduit par John Styx.)
TOUS
Pour un époux, quel embarras!
Il se retournera, se retournera pas!
JUPITER
Sur sa curiosité, aurais­je donc en vain compté?
L'OPINION PUBLIQUE
Nous triomphons! Ah! quelle joie!
JUPITER
Il ne se tourne pas! Tant pis! Je le foudroie!

(Jupiter administre dans le vide er dans la direction d'Orphée
un vigoureux coup de pied électrique qui traverse
la scène sous la forme d'une étincelle Coup de tam tam.
Orphée se retourne brusquement comme si le coup l'avat atteint.
Eurydice disparaît à  ses yeux.)
LES DIEUX
Ah!
L'OPINION PUBLIQUE
Malheureux, que viens tu de faire?
ORPHÉE
Un mouvement involonlaire!
PLUTON
Tu l'as perdue, et pour jamais!
Elle me reste donc?
JUPITER
Pas plus qu'à  moi!
PLUTON
Comment?
JUPITER
Non, car j'en fais une bacchante.
TOUS
Une bacchante!
EURYDICE
Ah! Ah! Bacchus. mon âme légère qui n'a pu se faire
au bonheur sur terre, aspire à  toi, divin Bacchus!
Recois la prêtresse, dont la voix sans
cesse veut chanter l'ivresse à  tes élus!
TOUS
La la la la la!

F I N